
Vingt et un ans après la découverte du VIH, les chercheurs ont mis au point des traitements qui allongent spectaculairement la durée de survie des personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH). Toutefois, aucun de ces traitements, qui sont regroupés sous le terme de multithérapie antirétrovirale fortement active, ne peut guérir l'infection au VIH. De plus, la multithérapie provoque des effets secondaires à court et à long terme.
Les chercheurs tentent également de mettre au point un vaccin susceptible de freiner la propagation de l'infection au VIH. Cependant, le travail qui consiste à concevoir et à éprouver un vaccin efficace contre le VIH comporte beaucoup de problèmes. Depuis 1987, on a éprouvé au moins 30 vaccins anti-VIH différents, dont chacun a donné des résultats décevants. Le plus récent échec fut celui de VaxGen, un vaccin qui a fait l'objet d'essais cliniques en Amérique du Nord et en Thaïlande en 2003. Malgré ces échecs, les recherches sur un vaccin se poursuivent. Nous décrivons ci-dessous les principaux défis que les chercheurs doivent relever, ainsi que quelques stratégies qu'ils mettent à l'essai.
Certains vaccins, dont ceux utilisés pour prévenir la poliomyélite et la variole, ont recours à des virus très affaiblis qui entraînent une infection mais qui ne causent pas la maladie qu'ils visent à prévenir. Même si on utilisait une forme affaiblie du VIH pour faire un vaccin, le risque que celui-ci cause le sida demeurerait présent. Cela s'est en effet produit lors de certaines expériences menées chez des singes vaccinés contre le VIS (virus de l'immunodéficience simienne), soit le virus qui cause le sida chez ces animaux. Dans le contexte actuel de la technologie et des connaissances relatives aux vaccins, il n'est pas encore possible d'écarter la possibilité que les gens soient infectés par le VIH par inadvertance.
Une autre option réside dans l'utilisation des protéines du VIH, dont la gp120, la gp41, la p24 et la p17. Il est impossible que ces dernières provoquent une infection par le VIH. En stimulant le système immunitaire grâce à ces protéines, on incite le corps à produire des anticorps qui s'attaquent au VIH. Toutefois, cette approche a été testée en Thaïlande, en Amérique du Nord et dans l'Union européenne, et elle a échoué.
Dans un effort pour créer un pont entre ces approches et mettre au point un vaccin efficace, les chercheurs ont recours à des virus autres que le VIH, notamment des poxvirus affaiblis. Les chercheurs insèrent des protéines du VIH dans ces virus. L'objectif de ce type de vaccin consiste à stimuler les cellules du système immunitaire, telles les cellules CD8+, pour qu'elles s'attaquent aux cellules infectées par le VIH.
Malheureusement, certains chercheurs commencent à se douter que les vaccins qui dépendent de la stimulation des cellules CD8+ n'offrent vraisemblablement pas une protection complète contre le VIH parce que les CD8+ ne s'en prennent qu'aux cellules déjà infectées par le VIH. Peut-être ferait-on mieux d'utiliser les vaccins qui stimulent les CD8+ pour aider l'organisme des personnes séropositives à supprimer la production de VIH.
Les chercheurs qui conçoivent les vaccins doivent aussi tenir compte des deux souches connues du VIH :
Non seulement il existe deux types de VIH, mais le VIH-1 compte également plusieurs sous-types (les sous-types B, C, D, etc.). De plus, certains de ces sous-types donnent lieu à des variantes mélangées ou recombinantes qui présentent certaines caractéristiques des sous-types « mères ».
Les concepteurs de vaccins font face à un autre problème aussi : le VIH change constamment de structure, créant ainsi des mutations. Il est difficile de concevoir un vaccin capable de s'attaquer à toutes les mutations.
En ce qui concerne la conception des vaccins anti-VIH, les approches privilégiées à l'heure actuelle dépendent de la production d'anticorps, de la stimulation des cellules CD8+, ou des deux, dans l'espoir que ce genre de réponse immunitaire peut prévenir la transmission de l'infection au VIH. Les anticorps et les cellules CD8+ jouent un rôle dans une réponse immunitaire appelée immunité adaptive. Ce type de réponse a besoin de temps, peut-être un minimum d'une semaine, pour consolider ses défenses contre les microbes envahissants. Toutefois, on aura besoin d'une réponse beaucoup plus rapide, qui se déclenche après à peine quelques minutes ou heures, si on espère maîtriser le VIH dans les parties du corps les plus susceptibles de le rencontrer en premier, soit l'anus, le pénis et le vagin.
La partie du système immunitaire qui répond rapidement, soit l'immunité innée, n'est pas bien comprise. L'immunité innée, qui agit contre plusieurs types de microbes, a recours aux cellules tueuses naturelles et à un grand nombre de signaux chimiques et de protéines (tel le système complémentaire). Fascinés par la réponse rapide qui caractérise l'immunité innée, certains chercheurs ont lancé des études dans l'espoir d'exploiter sa puissance pour lutter contre le VIH.
Face à ces nombreux défis, il ne sera pas facile de mettre au point un vaccin qui confère une protection importante contre le VIH. Un vaccin qui parvient à procurer une telle protection s'appelle un vaccin « stérilisant ». La bonne nouvelle : la mise au point d'un vaccin « thérapeutique » est une possibilité beaucoup plus réaliste. Ce genre de vaccin est conçu pour aider le système immunitaire des PVVIH à mieux composer avec l'infection au VIH. Les vaccins thérapeutiques efficaces ont la faculté de stimuler des propriétés antivirales en général ou bien des réponses spécifiques contre le VIH. Remune est un vaccin thérapeutique potentiel au sujet duquel vous trouverez plus de détails dans le prochain article.
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