
Dans les pays riches, le recours à la multithérapie antirétrovirale fortement active a grandement réduit les taux de mortalité et de morbidité liées au sida. Toutefois, dans certains cas, les bienfaits de la multithérapie n'ont pas été aussi impressionnants chez les femmes séropositives que chez les hommes. Les raisons de cette différence ne sont pas claires, mais elles pourraient avoir trait à des problèmes d'accès aux soins.
Des chercheurs aux États-Unis ont mené une étude pour évaluer les causes de décès chez les femmes séropositives. Pour ce faire, ils ont passé en revue les certificats de décès d'un grand nombre de femmes majoritairement séropositives ou qui couraient un risque élevé d'infection par le VIH. L'étude s'est déroulée entre 1994 et 2000, période durant laquelle les chercheurs ont constaté un taux de mortalité de 18 %. Une minorité importante des décès en question étaient attribuables à des causes autres que le sida. Les auteurs de l'étude ont conclu que les mesures visant à réduire le taux de mortalité chez les femmes séropositives devraient mettre l'accent sur la prise en charge des femmes aux prises avec « l'hépatite C, la dépression, la toxicomanie ou le tabagisme ».
Les chercheurs ont recruté 2 059 femmes séropositives entre octobre 1994 et novembre 1995. La collecte et l'analyse des données se sont poursuivies jusqu'en avril 2000. Le profil des participantes était le suivant :
569 femmes séronégatives ont participé à l'étude, mais nous mettons l'accent sur les femmes séropositives dans le présent rapport.
Aucune participante n'avait reçu d'inhibiteur de la protéase ou d'analogue non nucléosidique avant le début 1996. Ce point est pertinent parce que les décès dus au sida ont amorcé un déclin important dès cette année-là. En effet, le nombre de décès des suites du sida a diminué de 31 % pendant chaque année de l'étude. Par contraste, le nombre de décès attribuables à d'autres causes est demeuré stable pendant toute la durée de l'étude.
À la fin de l'étude, on a recensé le nombre suivant de décès :
Selon les calculs des chercheurs, le taux de mortalité était sept fois plus élevé chez les femmes séropositives que chez les femmes séronégatives.
Chez les femmes séropositives, 71 % des décès ont été attribués aux suites du sida. Voici une liste des principaux responsables :
Un faible nombre de décès (91 femmes) a été attribué à des causes autres que le sida, notamment :
Parmi les cancers qui n'étaient pas attribuables au sida, mentionnons les suivants:
En moyenne, les femmes qui sont décédées des suites du sida avaient une charge virale plus élevée (220 000 copies) que les survivantes (14 000 copies) et les femmes ayant succombé à des maladies autres que le sida (55 000 copies). De façon générale, les femmes de ce dernier groupe avaient les points suivants en commun :
Dans l'ensemble, les chercheurs ont qualifié d'« extrêmement vulnérables » les femmes qui sont mortes d'une cause autre que le sida. En effet, 75 % de ces dernières souffraient de dépression et 80 % d'entre elles s'injectaient de la drogue.
Si nous espérons réduire le nombre de décès non attribuables au sida chez les femmes séropositives, il va falloir que les signes de dépression et de toxicomanie soient relevés dans le cadre d'une évaluation ciblée afin que des soins efficaces puissent être offerts. De plus, un dépistage de l'hépatite C devrait faire partie des soins de santé de ces femmes. Compte tenu du nombre d'études ayant révélé que les femmes séropositives sont souvent victimes de violence familiale, des programmes qui abordent ce problème sont également nécessaires.
RÉFÉRENCE
Cohen MH, French AL, Benning L, et al. Causes of death among women with human immunodeficiency virus infection in the era of combination antiretroviral therapy. American Journal of Medicine 2002 Aug 1;113(2):91-8.
20020910
CATF13004
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