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Le chardon-Marie et l'indinavir

TraitementSida 130 - 2002 septembre/octobre ; Volume 14 Issue 7

Hosein SR click here for english language version of article

En Amérique du Nord, plusieurs personnes vivant avec le VIH (PVVIH) complètent leur traitement pharmaceutique à l'aide de vitamines, de suppléments nutritionnels et de plantes médicinales. Le chardon-Marie figure au nombre des compléments nutritionnels dont l'usage est répandu. Traditionnellement, cette plante médicinale est utilisée pour le traitement des maladies du foie, notamment l'ictère (jaunissement de la peau et du blanc des yeux). De récentes recherches menées en laboratoire sur des cellules laissent entendre que les extraits de chardon-Marie pourraient aider le foie et les reins à se remettre des dommages causés par certains médicaments et l'alcool.

L'usage de plantes médicinales suscite des préoccupations quant à la possibilité d'interactions avec les médicaments. Ces interactions risquent d'accroître ou de réduire les concentrations des médicaments utilisés pour combattre le VIH/sida et d'autres maladies. Les interactions se produisent parce plusieurs médicaments sont métabolisés par les mêmes enzymes du foie. L'activité de ces enzymes peut être accélérée ou ralentie par l'effet de telle ou telle plante ou de tel ou tel médicament, ce qui a pour effet d'accroître ou de réduire les concentrations sanguines des médicaments. Si l'interaction donne lieu à une augmentation du taux de médicament, de nouveaux effets secondaires risquent d'apparaître ou des effets secondaires existants risquent de s'aggraver. Si une baisse du taux de médicament se produit en raison de l'interaction, l'efficacité des traitements risque de diminuer aussi. Dans le cas des traitements anti-VIH/sida, cela peut entraîner l'émergence de résistances médicamenteuses et l'élimination d'options thérapeutiques futures.

Ces préoccupations ne sont pas que théoriques. Nous savons, par exemple, que le millepertuis, une plante utilisée contre les cas d'anxiété ou de dépression légère, peut interagir avec de nombreux médicaments, y compris deux catégories de médicaments anti-VIH, à savoir :

Dans le cadre d'expériences de laboratoire menées sur des cellules, les extraits de chardon-Marie ont réduit considérablement l'activité de certaines enzymes du foie, plus précisément celles impliquées dans la dégradation des IP et des non-nucléosides. En théorie, ces extraits pourraient donc accroître les taux d'IP et de non-nucléosides dans le sang. Pour confirmer cette possibilité chez des humains, des chercheurs aux National Institutes of Health (Bethesda, Maryland) ont mené une étude de petite envergure.

Dans l'ensemble, les chercheurs ont trouvé que le chardon-Marie réduisait d'environ 9 % le taux sanguin d'indinavir (Crixivan). De plus, dans les moments précédant chaque prise, le taux sanguin du médicament se situait à un niveau 25 % plus bas que normalement chez les personnes utilisant du chardon-Marie. Les conséquences possibles de cela seront abordées plus tard dans le présent article.

Détails de l'étude

Les chercheurs ont recruté 10 personnes séronégatives en bonne santé (quatre femmes, six hommes) dont la moyenne d'âge était de 35 ans. Les sujets ont reçu les traitements suivants à différents moments sur une période de six semaines :

La marque de chardon-Marie utilisée dans le cadre de cette étude s'appelait Thisilyn, une marque fabriquée par la compagnie Nature's Way. Le contenu de ce produit est constitué à 80 % de silymarine — un des composés responsables des bienfaits de la plante. Les sujets en ont reçu 175 mg trois fois par jour avec un repas.

Un mot sur les concentrations des médicaments

Le plus haut niveau que peut atteindre un médicament dans le sang s'appelle le « pic ». Le niveau le plus bas s'appelle le « creux ». D'ordinaire, le taux d'un médicament atteint son creux dans les moments précédant la prochaine dose prévue du médicament. Si le VIH va développer une résistance à un médicament, c'est souvent en ce moment que cela se produit.

Résultats – indinavir et chardon-Marie

Dans l'ensemble, la quantité d'indinavir qui est passée dans le sang a diminué de 9 % sous l'effet du chardon-Marie. Les taux minimaux du médicament ont changé de manière plus significative encore. Rappelons que le taux d'indinavir est à son plus bas dans les moments précédant une prise, c'est-à-dire huit heures après la dernière dose. En ce moment-là, le chardon-Marie réduit de 25 % le taux d'indinavir comparativement au niveau observé lorsque le médicament est utilisé seul. Il s'agit-là d'une différence significative du point de vue statistique, c'est-à-dire non attribuable au hasard seulement. Chez un sujet, le taux minimal d'indinavir a baissé de 60 %.

Résultats – effet secondaires

En général, le chardon-Marie a été « bien toléré ». Les sujets sous indinavir se sont plaints d'un « goût bizarre » dans la bouche.

Pourquoi ces résultats?

Il est étonnant que les extraits de chardon-Marie interagissent avec l'indinavir de façon à provoquer une baisse de la concentration sanguine de ce dernier, d'autant plus que les résultats des études de laboratoire laissent entendre le contraire. Les raisons de cette différence pourraient se trouver dans la liste suivante :

Le chardon-Marie et les médicaments anti-VIH

Une baisse de 25 % du taux minimal d'indinavir pourrait être une source d'inquiétude pour les personnes qui utilisent un seul inhibiteur de la protéase dans le cadre de leur combinaison anti-VIH. Cependant, en Amérique du Nord – et peut-être en Europe aussi – de plus en plus de médecins prescrivent du ritonavir (Norvir) en association avec l'indinavir. Ils savent que le ritonavir a pour effet d'accroître le taux d'indinavir dans le sang et de le maintenir à un niveau élevé pendant plus longtemps. Par conséquent, l'association ritonavir-indinavir ne nécessite que deux prises quotidiennes. Le ritonavir est également utilisé pour accroître les concentrations des IP suivants :

Grâce à l'effet puissant du ritonavir, il est peu probable que le taux d'indinavir soit perturbé de façon importante par le dosage de chardon-Marie utilisé dans le cadre de la présente étude.

Faute de données de recherche, les effets du chardon-Marie sur les analogues non nucléosidiques et les inhibiteurs de la protéase utilisés sans ritonavir restent à éclairer.

RÉFÉRENCES

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20020910
CATF13003


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