
Historiquement, l'aptitude des personnes atteintes de maladies chroniques à prendre leurs médicaments tous les jours, tels que prescrits — c'est-à-dire l'observance thérapeutique ou la fidélité au traitement – n'est pas bonne. Le fait de manquer quelques pilules pendant quelques jours pourrait ne pas avoir de graves conséquences pour une personne légèrement hypertendue. Toutefois, les risques sont beaucoup plus grands pour les PVVIH parce que le VIH a la faculté de muter et d'éluder les effets des médicaments conçus pour le combattre. Cela risque de se produire lorsque les patients sautent des doses et que les taux de médicament tombent en dessous des niveaux nécessaires pour supprimer le virus. On estime à près de 95 % le taux d'observance nécessaire pour que la multithérapie antirétrovirale fortement active soit efficace.
Les médicaments utilisés pour maîtriser l'infection au VIH doivent habituellement se prendre plusieurs fois par jour et, dans certains cas, des restrictions s'imposent quant à la consommation d'eau et de nourriture. Tous les médicaments provoquent des effets secondaires d'intensité variable. La combinaison de ces facteurs peut influer sur la capacité d'observance des patients. D'autres facteurs peuvent également jouer un rôle dont un mode de vie instable, la dépression et un manque de soutien psychosocial.
Quelle est l'attitude des PVVIH et des médecins face aux facteurs influant sur l'observance? Comment les médecins mesurent-ils l'observance? Des chercheurs de Bonn, en Allemagne, se sont posé ces questions dans le cadre d'une étude dont nous rendons compte ci-dessous.
Les chercheurs ont mené des interviews standardisées sur l'observance thérapeutique auprès de 98 médecins allemands. L'équipe a également interrogé 284 PVVIH au sujet de l'observance.
Selon les chercheurs, les médecins surestimaient le taux d'observance de leurs patients. De fait, « seulement 64 % des médecins discutaient régulièrement de l'observance avec leurs patients ». Les médecins mesuraient l'observance de manière indirecte : contrôle des résultats d'analyses sanguines, spécifiquement la numération des CD4+ et la charge virale. Peu de médecins avaient recours à un questionnaire standardisé pour évaluer le taux d'observance de leurs patients. Ils ne soulevaient la possibilité de problèmes d'observance avec leurs patients qu'au moment de s'apercevoir d'une baisse des CD4+ ou d'une hausse de la charge virale. Lorsque la discussion révélait un problème sur le plan de l'observance, 83 % des médecins proposaient comme solution la mise en valeur de l'importance de la fidélité aux traitements anti-VIH. Selon les chercheurs, peu de médecins tentaient de déterminer les raisons des problèmes d'observance ou de proposer des « outils ou un soutien supplémentaires ».
D'après les médecins, il existe un lien important entre la capacité d'observance et « le statut social et le niveau d'instruction » des patients. Toutefois, les chercheurs ont qualifié ce lien de « non significatif ».
L'interrogation des PVVIH a permis de constater les facteurs les plus importants contribuant à la non-observance, que voici :
Les facteurs ayant contribué à une bonne observance comprenaient les suivants :
Étant donné l'importance de l'observance thérapeutique, ces résultats devraient intéresser plusieurs personnes impliquées dans la prise en charge des PVVIH. Face au défi que doivent relever les médecins pour se tenir au courant de l'information sur les traitements en plus de soigner beaucoup de patients aux prises avec une maladie complexe, peut-être est-il déraisonnable de s'attendre à ce qu'ils aient régulièrement recours à un questionnaire standardisé sur l'observance. Ce n'est pas juste non plus de s'attendre à ce que les médecins assument toute la responsabilité de l'éducation et du soutien en matière d'observance. Ce projet de recherche n'a pas évalué le rôle que doivent jouer les autres membres clés de l'équipe de soutien des PVVIH en ce qui a trait au maintien et à l'amélioration de l'observance, dont :
L'industrie pharmaceutique a aussi son rôle à jouer pour faciliter l'observance. Lorsque les traitements ont vu le jour, on devait les prendre au moins trois fois par jour. Comme la multithérapie est maintenant la norme de soin en matière de VIH, le traitement peut comporter de nombreuses pilules et plusieurs prises quotidiennes. Heureusement, quelques médicaments sont maintenant combinés dans une seule pilule, y compris :
Les sondages présentés dans le cadre de la conférence de Glasgow ont indiqué un taux de satisfaction légèrement supérieur chez les patients recevant une combinaison simple (deux prises par jour) comparativement aux patients qui devaient prendre davantage de pilules.
Pour réduire le « fardeau pharmaceutique » des PVVIH, on a mis au point de nouvelles formulations de quelques médicaments existants qui ne demandent qu'une seule prise par jour. La formulation Videx EC du ddI en est un exemple. Une transformation semblable se prépare pour le d4T (Zerit), et l'analogue non nucléosidique efavirenz (Sustiva) se prend désormais sous forme d'un seul comprimé, une fois par jour.
Des formulations uniquotidiennes (une prise par jour) de deux inhibiteurs de la protéase devraient voir le jour en 2003, soit l'atazanavir et le fos-amprénavir (nouvelle version d'amprénavir [Agenerase]).
Toutes ces innovations sont pertinentes et contribuent à réduire les barrières à l'observance, mais le travail doit se poursuivre pour mettre au point des combinaisons qui provoquent moins d'effets secondaires.
RÉFÉRENCES
Weilandt C and Rockstroh J. Adherence: providers versus patients views of associated factors and intervention approaches. Sixth International Congress on Drug Therapy in HIV Infection, 17-21 November 2002, Glasgow. Poster 90.
Gatti A, Arpinelli F, Visona G, et al. Impact of less complex HIV-therapy on adherence and quality of life-ADEQUA survey. Sixth International Congress on Drug Therapy in HIV Infection, 17-21 November 2002, Glasgow. Poster 96.
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20021210
CATF13203
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