
La multithérapie antirétrovirale a réduit considérablement le taux de mortalité due aux complications du sida, tant en Amérique de Nord qu'en Europe de l'Ouest et en Australie. Cependant, en plus d'être complexes sur le plan des posologies, les multithérapies antirétrovirales comportent des effets secondaires. Un des effets secondaires relativement rares de la multithérapie est l'hypertrophie mammaire ou la gynécomastie (augmentation du volume des seins).
Jusqu'à récemment, les médecins n'avaient aucune idée de la façon de soulager ce trouble embarrassant. Des chercheurs parisiens ont fait état des succès qu'ils ont connus dans le traitement de l'hypertrophie mammaire au moyen d'un type de testostérone appelée DHT (dihydrotestostérone).
Les médecins ont signalé les cas de quatre hommes séropositifs pour le VIH qui avaient suivi différentes multithérapies antirétrovirales pendant plusieurs années avant d'être atteints d'hypertrophie mammaire. Les techniciens ont analysé les échantillons sanguins des quatre patients et déterminé qu'il présentaient des concentrations normales des hormones suivantes :
Les médecins ont prescrit l'application quotidienne de 5 grammes d'un gel de DHT sur les seins. Dans trois cas sur quatre, les seins ont repris leur taille normale en 10 à 30 jours. Dans le dernier cas, bien que la taille des seins ait diminué, ceux-ci n'ont pas repris leur taille normale.
Les chercheurs ne connaissent pas la cause exacte de l'hypertrophie mammaire, mais ils ont une théorie à ce sujet. Ils ont remarqué que, chez les individus séronégatifs, certains médicaments comme la digitale et les antidépresseurs tricycliques peuvent produire un effet semblable. Dans ces cas, la gynécomastie survient parce que ces médicaments ont la faculté d'imiter les effets de l'œstrogène ou de la progestérone, ou des deux, ainsi que d'augmenter le taux de prolactine. Comme les quatre hommes traités présentaient des concentrations normales de prolactine, la réduction spectaculaire de la taille de leurs seins, constatée avec l'emploi de la DHT, renforce la théorie des médecins voulant que les multithérapies antirétrovirales puissent simuler les effets de l'œstrogène au niveau des seins.
Comme ces résultats provenant de France sont préliminaires, il est nécessaire d'effectuer d'autres études sur les causes de l'hypertrophie mammaire associée aux multithérapies antirétrovirales. Une question étonnante, soulevée par ces résultats, consiste à savoir pourquoi l'hypertrophie mammaire n'est pas un effet secondaire plus fréquent des multithérapies antirétrovirales.
Il est important de noter que l'emploi de la testostérone peut être dangereux chez les hommes atteints du cancer de la prostate ou qui présentent un risque élevé à ce sujet. Selon l'équipe française, la DHT diffère des autres formes de testostérone en ce que le tissu mammaire ne la transforme pas en oestrogène. Bien que la DHT ne soit pas approuvée au Canada, elle est disponible en France et dans d'autres pays de l'Union européenne. En France, le gel de DHT est vendu sous la marque Andractim et est fabriqué par les Laboratoires Besins-Iscovesco. Les médecins canadiens qui désirent prescrire des médicaments non approuvés peuvent s'adresser au Programme d'accès spécial de Santé Canada en composant le 613.941.2108, entre 8 h 30 et 16 h 30, heure normale de l'Est.
RÉFÉRENCE
1. Benveniste O, Simon A and Herson S. Successful percutaneous dihydrotestosterone treatment of gynecomastia occurring during highly active antiretroviral therapy: four cases and a review of the literature. Clinical Infectious Diseases 2001;33:891-893.
20010910
CATF12101
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