
La multithérapie antirétrovirale fortement active améliore le taux de survie et réduit le risque de décès des suites du sida chez les personnes qui sont en mesure d'acheter ces médicaments, de les prendre comme il se doit et de les tolérer. Ce dernier point, soit la tolérance, revêt une grande importance parce que les personnes sous multithérapie sont sujettes à une gamme d'effets secondaires dont la nature précise dépend de l'association de médicaments utilisée. Parmi les effets secondaires récemment identifiés, on retrouve le syndrome de lipodystrophie, lequel englobe l'ensemble des effets secondaires suivants :
En plus de ces changements physiques, le syndrome de lipodystrophie donne lieu à des perturbations des taux de lipides et de sucre dans le sang dont :
Les causes précises du syndrome de lipodystrophie n'ont pas été élucidées. Certains médecins soupçonnent un groupe de médicaments appelés inhibiteurs de la protéase (IP) d'être responsables des problèmes de sucre, de lipides et d'insuline observés chez les personnes sous traitement, ainsi que de quelques changements de la forme corporelle. D'autres médecins sont d'avis que les analogues nucléosidiques pourraient contribuer à la perte de graisses sous-cutanées. Dans l'espoir d'alléger les symptômes de la lipodystrophie, certaines personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH/sida) tentent de minimiser leur exposition aux IP en substituant une multithérapie fondée sur un analogue non nucléosidique, tel que l'efavirenz (Sustiva) ou la névirapine (Viramune).
Des chercheurs en Espagne ont évalué l'effet de la substitution d'une multithérapie comportant la névirapine à une multithérapie à base d'inhibiteur de la protéase. Selon les résultats obtenus après un an, aucune réduction remarquable des symptômes de la lipodystrophie ne s'est produite. Cependant, les chercheurs ont constaté d'autres bienfaits dont nous rendons compte ci-dessous.
Les chercheurs ont recruté 106 adultes séropositifs qui présentaient des signes ou des symptômes de lipodystrophie et qui suivaient une mulithérapie à base d'IP depuis au moins neuf mois. Les sujets ont été répartis au hasard pour recevoir l'un ou l'autre des régimes suivants :
En plus des examens et des épreuves de laboratoire habituels, les sujets ont subi des scanographies spéciales appelées DEXA (absorptiométrie à rayons X en double énergie) afin d'évaluer des changements dans leur composition corporelle.
Les 52 sujets affectés au groupe névirapine avaient le profil suivant :
Les 54 sujets qui ont poursuivi un traitement comportant un IP avaient le profil suivant :
En moyenne, les chercheurs ont suivi les sujets pendant un an.
Les effets secondaires suivants se sont produits chez le nombre de sujets indiqué :
Tous les sujets qui ont présenté des dommages au foie étaient également infectés par le virus de l'hépatite C (VHC). Chose intéressante, des six sujets ayant présenté cette complication, cinq étaient des femmes. Au total, six sujets ont dû cesser l'usage de la névirapine, dont deux en raison d'éruptions cutanées et quatre en raison de dommages hépatiques.
On a constaté les effets secondaires suivants chez les sujets du groupe IP :
Neuf sujets du groupe IP ont arrêté de prendre leurs médicaments anti-VIH pour les raisons suivantes :
Le nombre suivant de sujets des deux groupes ont vu leur charge virale passer au-dessus des 400 copies :
Ces augmentations de la charge virale furent sans doute attribuables au fait que le VIH était devenu résistant aux traitements utilisés. Les chercheurs font remarquer que tous les sujets avaient utilisé plusieurs analogues nucléosidiques par le passé, donc la probabilité de résistance était élevée. D'autres médecins qui envisagent de prescrire des traitements semblables feraient bien de garder ces résultats en tête.
À la fin de l'étude, la charge virale des sujets se situait à moins de 50 copies dans les proportions suivantes :
Cette différence n'est pas significative du point de vue statistique.
En moyenne, la numération de CD4+ des sujets a augmenté comme suit au cours de l'étude :
On a également constaté des augmentations considérables des cellules CD8+ :
Là encore, ces différences ne sont pas significatives du point de vue statistique.
Les examens DEXA n'ont décelé aucune modification majeure de la composition corporelle. Pourtant, les sujets qui avaient remplacé un IP par la névirapine avaient tendance à perdre de la graisse sous-cutanée.
Une baisse significative des taux de cholestérol et de triglycérides s'est produite chez les sujets qui avaient substitué la névirapine à un IP . Aucune amélioration significative de ce genre n'a été constatée chez les sujets qui avaient continué de prendre un IP.
Selon les chercheurs, les sujets sous névirapine ont fait état d'une qualité de vie significativement meilleure que celle des sujets sous IP, notamment en raison de la simplicité accrue du régime thérapeutique – moins de pilules, horaire plus facile à respecter. D'autres améliorations ont été observées au fur et à mesure que les effets secondaires des IP s'estompaient. Toutes ces améliorations se sont maintenues jusqu'à la fin de l'étude.
Les chercheurs ont observé que les personnes qui avaient accusé des pertes de graisses corporelles avant l'étude ont continué à éprouver cet effet secondaire durant l'étude, peu importe le traitement reçu. Il se pourrait qu'une période plus longue – plus d'un an – soit nécessaire pour que les PVVIH/sida puissent se remettre de la lipodystrophie. Il est également possible que l'usage continu d'analogues nucléosidiques contribue à la fonte de graisses corporelles.
RÉFÉRENCE
Ruiz L, Negredo E, Domingo P, et al. Antiretroviral treatment simplification with nevirapine in protease inhibitor-experienced patients with HIV-associated lipodystrophy. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndrome 2001;27(3):229-236.
20010810
CATF12007
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