
Le recours à la multithérapie antirétrovirale fortement active a donné lieu à une amélioration considérable du taux de survie chez les personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH/sida). Cette amélioration est attribuable au fait que la multithérapie supprime la production de VIH, ce qui permet au système immunitaire de commencer à se réparer. Malheureusement, le système immunitaire n'est pas capable de se rebâtir intégralement, peut-être parce qu'un faible niveau d'activité virale perdure malgré l'usage de médicaments anti-VIH. Par conséquent, le système immunitaire n'est pas efficace à 100 % et certaines complications peuvent encore se produire. Il semble, notamment, que le niveau de restauration immunitaire atteint ne suffise pas à prévenir certains cancers et ce, malgré le fait qu'il semble conférer une protection contre plusieurs infections liées au sida.
Le virus du papillome humain (VPH) provoque des lésions cervicales et anales et, dans certains cas, ces lésions risquent de devenir des tumeurs. En raison de l'état affaibli de leur système immunitaire, les PVVIH/sida co-infectées par le VPH courent un risque accru de cancers liés au VPH. Dans la période précédant les multithérapies, une étude a permis de constater que les femmes séropositives étaient cinq fois plus susceptibles que les femmes séronégatives de présenter des lésions cervicales anormales.
Afin de mieux comprendre l'effet de la multithérapie sur l'infection au VPH et les lésions cervicales, des chercheurs à Milan ont suivi 163 femmes séropositives entre 1995 et 1997. L'âge moyen des femmes était de 34 ans. Les chercheurs ont réparti les femmes en trois groupes en fonction de leur utilisation d'une thérapie anti-VIH.
Groupe 1 – aucune thérapie
Groupe 2 – un ou deux analogues nucléosidiques (nucléosides)
Groupe 3 – mulithérapie antirétrovirale fortement active
Tous les sujets ont subi des tests Pap régulièrement ainsi que des examens gynécologiques. Les chercheurs ont enlevé toute lésion anormale à des fins d'analyse. Les lésions cervicales précancéreuses ont été détruites à l'aide d'un courant électrique de faible puissance. En moyenne, le suivi a duré environ un an et demi.
Il existe plusieurs souches de VPH, dont seulement une poignée – VPH-16, VPH-18, VPH-31 et VPH-33 – sont considérées comme pouvant exposer les femmes à un risque élevé de lésions cervicales précancéreuses. Les chercheurs ont trouvé que seulement 65 % des femmes étaient porteuses d'un VPH décelable. Chez ces dernières, les types de VPH suivants ont été décelés dans les proportions indiquées :
Au début de l'étude, les chercheurs ont obtenu les résultats suivants aux tests Pap :
De façon générale, les femmes ayant une faible numération de CD4+ étaient plus susceptibles d'avoir des lésions cervicales que les femmes dont les CD4+ se situaient à un niveau plus élevé. Une évaluation du rapport entre la numération de CD4+ et la présence de cellules précancéreuses a révélé ce qui suit :
Chose peu surprenante, les chercheurs ont constaté que seules les femmes sous multithérapie ont vu leur nombre de cellules CD4+ augmenter au cours de l'étude.
Cinquante-trois femmes ont subi une colposcopie durant laquelle leurs lésions cervicales anormales ont été enlevées aux fins d'analyse. Des cellules précancéreuses n'ont été décelées que chez sept d'entre elles.
L'analyse des données a permis de constater ce qui suit :
Malgré ces résultats, on n'a pas constaté de tendance plus marquée vers le rapetissement des lésions cervicales précancéreuses chez les femmes suivant une multithérapie ou un traitement aux nucléosides que chez les femmes non traitées.
Aucun cas de cancer du col utérin invasif n'a été détecté durant l'étude. Pourtant, les chercheurs ont indiqué que ce genre de cancer avait été décelé chez deux femmes sous multithérapie qui avaient recherché des soins à la même clinique où se déroulait l'étude. Cette anecdote met en valeur le fait que les femmes sous multithérapie demeurent vulnérables au cancer du col.
Les résultats de cette étude laissent penser que, malgré l'usage d'une multithérapie, les femmes séropositives sont encore sujettes aux atteintes cervicales reliées au VPH. Ce groupe de médecins insiste donc sur l'importance d'un suivi gynécologique régulier dans le cadre des soins de santé prodigués aux femmes séropositives.
RÉFÉRENCES
1. Wallin K-L, Wiklund F, Ångström T, et al. Type-specific persistence of human papillomavirus DNA before the development of invasive cervical cancer. New England Journal of Medicine 1999;341(22):1633-1638.
2. Lillo FB, Ferrari D, Veglia F, et al. Human papillomavirus infection and associated cervical disease in human immunodeficiency virus-infected women: effect of highly active antiretroviral therapy. Journal of Infectious Diseases 2001;184:547-551.
20010810
CATF12006
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