
Lorsque les taux de lipides – cholestérol et triglycérides – s'accroissent dans le sang des personnes vivant avec le VIH/sida sous multithérapie antirétrovirale fortement active, cela donne lieu à un risque accru de maladie cardiovasculaire.
Compte tenu de ce risque, de nombreux médecins prescrivent des médicaments hypolipémiants (qui abaissent les taux de lipides) à leurs patients sous multithérapie antirétrovirale. Couramment appelée « statines », cette catégorie de médicaments comprend les produits suivants :
Ces médicaments ont contribué à réduire le risque de maladie coronarienne chez des sujets séronégatifs. Il n'est pas clair quelle statine convienne le mieux aux PVVIH/sida. Il est fort possible que la réponse à cette question soit différente pour chaque personne et qu'elle dépende de plusieurs facteurs, y compris la nature de la multithérapie antirétrovirale spécifique en cours. Les statines, tout comme les IP et les analogues non nucléosidiques, sont métabolisées par des enzymes du foie. Le fait de prendre une statine en même temps qu'un IP et/ou un non-nucléoside peut influer sur l'activité de ces enzymes, ce qui veut dire qu'il y a risque d'interaction entre ces médicaments. Ce genre d'interaction peut avoir pour effet d'accroître ou d'abaisser le niveau de l'un ou l'autre des médicaments en question dans le sang. Cela risque d'affaiblir l'activité des médicaments anti-VIH, donnant lieu à des résistances médicamenteuses, ou bien de provoquer de nouveaux effets secondaires et d'aggraver des effets secondaires existants.
Des chercheurs à Londres ont mené une étude de six mois auprès de 31 hommes qui suivaient une multithérapie à base d'IP et dont le taux de cholestérol était supérieur à la normale. La moitié des sujets ont été conseillés en ce qui a trait à la modification de leur alimentation (conseils diététiques). L'autre moitié a reçu les mêmes conseils ainsi que l'agent hypolipémiant Pravachol (pravastatine) à raison de 40 mg par jour. À la fin de l'étude, on a observé une baisse de 17 % du taux de cholestérol chez les sujets sous Pravachol, comparativement à 4 % chez les sujets qui n'avaient reçu que des conseils diététiques.
Les chercheurs ont recruté 31 hommes qui recevaient les IP suivants dans le cadre d'une multithérapie antirétrovirale :
Tous les sujets ont reçu des conseils destinés à les aider à réduire leur consommation d'aliments riches en cholestérol. On leur a également conseillé d'arrêter de fumer et d'amorcer un programme d'exercices régulier. Les sujets furent répartis au hasard pour recevoir soit des conseils diététiques seuls soit des conseils diététiques en association avec Pravachol. Ce dernier a été administré à raison de 20 mg par jour pendant les deux premières semaines de l'étude, puis la dose a été augmentée à 40 mg par la suite.
Au début de l'étude, le profil de base des sujets était le suivant :
A - Conseils diététiques seuls
B - Conseils diététiques et Pravachol
Cinq sujets ont quitté l'étude pour des « raisons personnelles », dont quatre appartenant au groupe A et un appartenant au groupe B. En moyenne, les taux de cholestérol ont baissé dans les proportions suivantes chez les deux groupes :
La différence entre les deux groupes n'était pas significative du point de vue statistique. Aucun changement important dans le taux de triglycérides n'a été observé durant l'étude.
Bien que les statines soient considérées comme des médicaments bien tolérés, elles peuvent provoquer de la fatigue chez certains utilisateurs. Des effets plus graves, dont des dommages musculaires susceptibles de provoquer douleurs et faiblesse, sont également possibles. Cependant, aucun des participants à cette étude n'a présenté de tels problèmes. De plus, aucun cas de dommages hépatiques n'a été associé à l'usage de Pravachol.
Les conseils diététiques semblent avoir eu un impact plus important chez les sujets qui n'ont pas reçu de médicament hypolipidémiant. Par exemple, la consommation de gras saturés (habituellement d'origine animale) a chuté de 38 % chez les sujets qui avaient reçu des conseils diététiques seuls (groupe A), comparativement à 2 % chez le groupe traité au Pravachol (groupe B). Quant à la consommation de sucre, elle a diminué de 50 % chez les sujets du groupe A, comparativement à 8 % chez les sujets du groupe B.
Les changements observés au cours de cette étude en ce qui concerne les taux lipidiques, notamment chez les utilisateurs de Pravachol, n'ont rien d'étonnant. Peut-être les sujets auraient-ils connu des résultats plus impressionnants s'ils avaient suivi plus rigoureusement les conseils relatifs à l'exercice et à la modification de l'alimentation. Il est à noter que la réduction des taux lipidiques pourrait s'avérer plus difficile chez les sujets séropositifs sous multithérapie que chez les personnes séronégatives. Signalons enfin que la pertinence d'autres interventions, dont la consommation de poissons riches en acides gras oméga-3 – morue, hareng, thon, saumon, sardines et aiglefin – et la prise de suppléments de L-carnitine et d'antioxydants doit être évaluée chez les PVVIH/sida sous multithérapie ayant des taux lipidiques élevés.
Moyle GJ, Lloyd M, Reynolds B, et al. Dietary advice with or without pravastatin for the management of hypercholesterolaemia-associated with protease-inhibitor therapy. AIDS 2001;15:1503-1508.
20010810
CATF12003
Copyright © 2001 - TreatmentUpdate. Reproduced with permission. Reproduction of this article (other than one copy for personal reference) must be cleared through the Editor, The Canadian AIDS Treatment Information Exchange, 555 Richmond St. West, Suite 505, Box 1104, Toronto, ON, M5V 3B1 • Phone: 416-203-7122 • Toll Free: 1-800-263-1638 • Fax: 416-203-8284 http://www.catie.ca