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La lipodystrophie — les analogues nucléosidiques contre les inhibiteurs de la protéase

TreatmentUpdate 119 - 2001 juin; Volume 13 Issue 3

Hosein SR click here for english language version of article
Situation

Vers la fin des années 90, certaines personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH/sida) qui suivaient une multithérapie antirétrovirale fortement active ont commencé à constater des modifications bizarres de leur forme corporelle. On a également fait état d'une augmentation des taux de sucre, d'insuline et de lipides dans le sang de certaines PVVIH/sida. Entre autres, ces changements ont fait augmenter le risque de diabète non insulinodépendant et de maladie cardiovasculaire chez ces personnes. L'ensemble de ces complications s'appelle le syndrome de lipodystrophie.

La cause précise de ces problèmes n'est pas claire, mais le fait qu'ils sont survenus si fréquemment chez les PVVIH/sida sous multithérapie est frappant, sans parler de la relative nouveauté de ce phénomène. Certaines personnes n'ont pas tardé à blâmer les inhibiteurs de la protéase pour ces effets, mais de récentes recherches laissent penser que les analogues nucléosides, tels que l'AZT, le 3TC et les médicaments connexes, pourraient également contribuer au développement du syndrome de lipodystrophie.

Dans le cadre d'une étude, des chercheurs aux Pays-Bas ont donné un des régimes suivants à leurs patients :

Cette étude visait à déterminer si un traitement constitué d'IP seulement était aussi efficace qu'une association de médicaments plus conventionnelle. Les chercheurs responsables de cette étude ont recueilli des données sur les changements de la forme corporelle, donc leurs résultats pourraient contribuer à identifier le rôle que jouent les différents médicaments dans le syndrome de lipodystrophie.

Détails de l'étude

Les chercheurs ont fait état des résultats obtenus auprès de 175 sujets sur une période de deux ans. Les sujets avaient le profil suivant au début de l'étude :

Le ritonavir et le saquinavir ont été administrés à raison de 400 mg deux fois par jour et le d4T, selon la posologie standard. Au bout de 12 semaines, les sujets avaient le choix d' « intensifier » leur traitement en y ajoutant deux analogues nucléosidiques ou un analogue non nucléosidique.

Résultats – numération de CD4+ et charge virale

Les chercheurs n'ont pas constaté de différence significative entre les numérations de CD4+ et les charges virales des deux groupes.

Lipodystrophie

Les médecins ont recensé 29 cas de lipodystrophie sur 175 sujets. En moyenne, les signes/symptômes de lipodystrophie ont mis à peu près un an et demi à apparaître après le début de l'étude. La prévalence de la lipodystrophie a été la suivante chez les deux groupes :

Cette différence entre les deux groupes était significative sur le plan statistique, c'est-à-dire non attribuable au seul hasard.

Lorsque les chercheurs ont analysé les données portant sur les sujets qui n'avaient jamais utilisé de médicament anti-VIH, ils ont obtenu des résultats comparables à ceux obtenus auprès du groupe entier :

Qui était à risque?

Les sujets qui recevaient des IP et un analogue nucléosidique étaient près de quatre fois plus susceptibles de développer la lipodystrophie que les sujets qui prenaient des IP seulement.

Les chercheurs se sont aperçus que les sujets dont le taux de cholestérol avait été supérieur à la normale au moment de leur admission à l'étude couraient un risque accru de lipodystrophie. De plus, le risque de lipodystrophie était élevé chez les sujets dont le taux de cholestérol a augmenté considérablement au cours de l'étude.

Les chercheurs n'ont relevé aucun lien significatif entre les facteurs suivants et le développement de la lipodystrophie :

Graisses corporelles — pertes et gains

Les chercheurs ont trouvé que la nature des changements de la forme corporelle observés variait d'un sujet atteint de lipodystrophie à l'autre. Certains sujets ont connu des gains de graisses corporelles, d'autres des pertes et d'autres encore les deux en même temps. Des gains de graisses corporelles sont survenus dans les proportions suivantes chez les sujets ayant la lipodystrophie :

Des pertes de graisses se sont produites dans les proportions suivantes :

Quoique frappante, cette différence entre les deux groupes n'est pas considérée comme significative du point de vue statistique. Les sujets atteints de lipodystrophie ont accusé et des gains et des pertes de graisses corporelles dans les proportions suivantes :

Faiblesse de l'étude

Il est à noter que certains chercheurs seraient enclins à critiquer cette étude parce que les manifestations de la lipodystrophie ont été évaluées par des médecins traitants plutôt que par le biais de mesures plus objectives comme les suivantes :

Quoi qu'il en soit, des études antérieures ont permis de constater que les observations faites par des médecins traitants et les résultats obtenus par le biais de mesures techniques étaient comparables en ce qui a trait au dépistage de la lipodystrophie.

Les résultats de cette étude viennent confirmer ceux de plusieurs autres études (voir « Analogues nucléosidiques et la fonte de graisses » dans TraitementSida 114 et « Des chercheurs canadiens tentent de guérir le système immunitaire » dans TraitementSida 115) qui ont fait croire à l'existence d'un lien entre les analogues nucléosidiques et l'accumulation ou la perte de graisses chez les PVVIH/sida sous multithérapie.

Référence

van der Valk M, Gisolf EH, Reiss P, et al. Increased risk of lipodystrophy when nucleoside analogue reverse transcriptase inhibitors are included with protease inhibitors in the treatment of HIV-1 infection. AIDS 2001;15(7):847-855.

20010710
CATF11903


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