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L'acide lactique et la multithérapie

TreatmentUpdate 117 - 2001 mai; Volume 13 Issue 1

Hosein SR click here for english language version of article
Situation

Les symptômes d'un niveau d'acide lactique élevé dans le sang constituent une complication rare des traitements antirétroviraux comportant des analogues nucléosidiques, également appelés nucléosides. Pour en savoir plus sur ce problème, des chercheurs australiens ont évalué plusieurs centaines de PVVIH/sida qui avaient suivi une multithérapie pendant 18 mois.

Détails de l'étude

Les chercheurs ont recruté 349 sujets séropositifs (15 % de femmes, 85 % d'hommes) dont l'âge moyen était de 42 ans. Environ 69 % des sujets suivaient une multithérapie antirétrovirale fortement active. Des techniciens ont effectué des prélèvements sanguins à intervalles réguliers.

Résultats – cinq cas particuliers

En ce qui concerne les tests de laboratoire, l'écart normal du taux d'acide lactique va de 0,3 à 1,3 mmol/litre. Au cours de la présente étude, cinq sujets (2 femmes, 3 hommes) ont présenté un taux sanguin d'acide lactique très élevé, soit 5 mmol/litre ou plus. Ces cinq cas particuliers sont décrits ci-dessous.

1. Un sujet a présenté une forme de cancer appelé lymphome non hodgkinien, certaines tumeurs duquel s'étaient étendues au foie. Il ne recevait pas de médicament anti-VIH.

2. Un autre sujet a présenté une infection cérébrale au cytomégalovirus (CMV) ainsi que des dommages au cœur. Il ne recevait pas de médicament anti-VIH.

3. Le troisième homme, dont la tendance à abuser de l'alcool était connue, suivait une thérapie anti-VIH. Dans son cas, l'élévation du taux d'acide lactique aurait pu être attribuable à l'abus d'alcool ou à l'usage de nucléosides. À la suite de sa dernière beuverie, le sujet n'a pas pris sa médication selon les posologies prescrites et son taux d'acide lactique est passé à l'intérieur de l'écart normal.

4. Une patiente a souffert de nausées et d'un « malaise abdominal » six mois après avoir commencé un traitement comportant du d4T et du nelfinavir (Viracept). Son taux d'acide lactique se situait à un niveau élevé – soit de 6,4 mmol/l – au moment de son diagnostic d'acidose lactique. Un mois avant son diagnostic, cependant, son taux d'acide lactique n'était que légèrement supérieur à la normale.

5. Une autre femme suivait une mulithérapie associant le d4T, le 3TC et le nelfinavir depuis un an lorsqu'elle a présenté soudainement des douleurs abdominales, des vomissements, de la fatigue et une enflure du foie. Son taux d'acide lactique s'élevait alors à 8,2 mmol/l. Une évaluation de son dossier médical a révélé que son taux d'acide lactique avait été presque normal seulement un mois avant l'apparition de ses symptômes.

Résultats – modification des traitements aux nucléosides

Au cours de l'étude, cinq autres sujets ont présenté des signes/symptômes (nausée, malaise abdominal, taux d'enzymes hépatiques anormal, enflure du foie) qui faisaient soupçonner la présence d'un taux d'acide lactique modérément élevé dans le sang. De fait, les taux d'acide lactique de ces sujets se situaient entre 2,8 et 4, 1 mmol/l. Leurs médecins ont décidé de modifier leur traitement, troquant le d4T contre soit l'AZT soit l'ABC (abacavir, Ziagen). Les symptômes des sujets ont disparu à la suite du changement.

Le d4T et l'élévation du taux d'acide lactique

Selon l'analyse effectuée par les chercheurs, les taux d'acide lactique moyens de 140 sujets sous d4T étaient significativement plus élevés que ceux de 101 sujets dont le traitement comportait de l'AZT.

Niveaux d'acide lactique

En moyenne, tous les participants à cette étude ont subi quatre mesures du taux d'acide lactique. Seuls cinq sujets avaient un taux d'acide lactique supérieur à 5 mmol/l. Rappelons que l'écart normal du taux d'acide lactique est de 0,3 à 1,3 mmol/l. Le taux d'acide lactique des autres sujets se situait aux niveaux suivants à un moment donné de l'étude :

Aucun lien significatif n'a été établi entre la présence d'un taux d'acide lactique supérieur à la normale et les facteurs suivants :

Prévision de l'acidose lactique

Entre autres, cette étude a permis de constater que le fait de mesurer régulièrement le taux d'acide lactique – à des intervalles de un à trois mois – n'a pas été utile pour prévoir quels sujets étaient susceptibles de souffrir d'acidose lactique. L'origine de cette difficulté réside dans le fait que les taux d'acide lactique peuvent demeurer bas ou seulement légèrement élevés jusqu'à peu de temps avant l'apparition des symptômes de l'acidose lactique.

Les bonnes nouvelles

Cette étude a également permis de constater que plusieurs PVVIH/sida peuvent tolérer un taux d'acide lactique légèrement élevé sans présenter de symptôme de l'acidose lactique. De plus, signalons que seuls deux participants à cette étude ont présenté les symptômes d'une acidose lactique grave. Si les symptômes d'une acidose lactique légère sont décelés de bonne heure, il se peut que la substitution d'un autre nucléoside au d4T les fasse disparaître.

RÉFÉRENCES

1. John M, Moore CB, James IR, et al. Chronic hyperlactatemia in HIV-infected patients taking antiretroviral therapy. AIDS 2001;15(6):717-723.

2. Brinkman K. Management of hyperlactatemia: no need for routine lactate measurements. AIDS 2001;15(6):795-797.

3. Gaou I, Malliti M, Guimont M-C, et al. Effect of stavudine in mitochondrial genome and fatty acid oxidation in lean and obese mice. Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics 2001;297(2):516-523.

4. Moyle G. Toxicity of antiretroviral nucleoside and nucleotide analogues: is mitochondrial toxicity the only mechanism? Drug Safety 2000;23(6):467-481.

20010510
CATF11703


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