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Des chercheurs canadiens tentent de guérir le système immunitaire

TreatmentUpdate 115 - 2001 Fév ; Volume 12 Issue 11

Hosein SR click here for english language version of article
Situation

Sitôt entré dans l'organisme, le VIH se met à affaiblir la faculté du système immunitaire de combattre les microbes, notamment le VIH lui-même. De nombreuses recherches sur le sida visent à restaurer la capacité du système immunitaire à lutter contre le VIH.

Le recours à la multithérapie antirétrovirale fortement active permet habituellement d'accroître le nombre de cellules CD4+, de cellules CD8+ et d'autres cellules au fur et à mesure que la charge virale diminue. Ces changements se maintiennent chez les gens qui peuvent tolérer ces traitements tout en restant fidèles à leur programme de traitement. En plus d'augmenter le nombre de cellules immunitaires, la multithérapie semble améliorer la faculté de celles-ci de combattre les microbes responsables de complications graves chez les PVVIH/sida.

Malheureusement, de nombreuses équipes de recherche ont trouvé que la capacité du système immunitaire de lutter contre le VIH ne s'améliorait pas sous l'effet de la multithérapie. Face à l'incapacité de la thérapie de restaurer intégralement le système immunitaire, certains chercheurs ont proposé l'utilisation d'immunostimulants pour aider à «guérir l'immunité ». Une explication possible de la restauration incomplète de l'immunité pourrait résider dans l'impact à long terme des traitements sur le système immunitaire. La multithérapie antirétrovirale possède une puissante activité anti-VIH, mais elle peut également perturber certaines des fonctions subtiles du système immunitaire. Cela peut être utile à court terme car certaines parties d'un système immunitaire infecté par le VIH deviennent hyperactives. Mais, à long terme, l'effet des médicaments sur les fonctions immunitaires risque d'être nuisible.

Afin de comprendre l'impact de la multithérapie sur le système immunitaire, il serait peut-être intéressant d'évaluer l'effet de chacune des catégories de médicaments anti-VIH séparément avant de les étudier ensemble. Par exemple, il est possible que les analogues nucléosidiques, ou nucléosides (AZT, 3TC, etc.), exercent un effet différent sur le système immunitaire que les inhibiteurs de la protéase (IP). Des chercheurs à Ottawa ont mené une étude de deux ans chez des PVVIH/sida qui utilisaient majoritairement deux médicaments seulement, à savoir les IP saquinavir et ritonavir. (Remarque : La prescription de cette combinaison constitue une pratique très inhabituelle et est considérée comme inappropriée. Rappelons cependant qu'il s'agissait dans ce cas d'un essai clinique rigoureusement planifié. Ne tentez pas cela chez vous.)

Détails de l'étude

Les chercheurs ont recruté 42 sujets qui n'avaient jamais été exposés aux IP et leur ont donné un minimum de 400 mg de ritonavir et de 400 mg de saquinavir, deux fois par jour. Les sujets dont la charge virale se situait au-dessus de 200 copies après 12 semaines ont été autorisés à ajouter les nucléosides d4T (Zerit) et 3TC (Epivir) à leur régime. Voici le profil des sujets au début de l'étude :

Après deux ans de traitement, les sujets recevaient les traitements suivants dans les proportions indiquées :

Quatre sujets avaient une charge virale au-dessus de 200 copies. Dans un cas, la montée de la charge virale était attribuable à une interruption temporaire du traitement. Chez les deux autres, les augmentations de charge virale ont été temporaires.

Mais sont-elles fonctionnelles?

On a beau avoir beaucoup de cellules CD4+ et CD8+, il reste à voir si elles fonctionnent. Les chercheurs ont effectué plusieurs analyses sanguines pour évaluer la réponse des cellules immunitaires au VIH.

Selon leurs résultats, seulement 5 % des sujets avaient des cellules T qui étaient capables de reconnaître et de s'attaquer au VIH au début de l'étude. À la fin de la deuxième année de l'étude, ce chiffre s'élevait à 50 %. Cela risque de sembler décevant, mais il faut se rappeler que le VIH met de nombreuses années à abîmer le système immunitaire, et il est probable que la restauration de ce dernier prenne beaucoup de temps aussi.

Les chercheurs estiment que la fonction immunitaire de ces patients s'est améliorée parce que la multithérapie avait réussi à supprimer leur charge virale. En effet, ils ont trouvé que toute augmentation temporaire de la charge virale affaiblissait la faculté du système immunitaire de lutter contre les microbes (lors de simulations). L'existence d'un lien entre la charge virale et l'affaiblissement de la réponse immunitaire devrait être prise en considération par toute personne qui envisage un « congé thérapeutique » ou une « interruption stratégique du traitement » (ITS).

Qui répond le mieux à la multithérapie?

Les chercheurs ont évalué plusieurs facteurs en vue d'identifier les sujets les plus susceptibles de présenter une forte réponse immunologique au VIH sous l'effet de la multithérapie. Ces facteurs ont compris les suivants :

Les chercheurs n'ont relevé aucun lien entre ces facteurs et le développement d'une réponse anti-VIH.

Il est intéressant de constater que 66 % des participants à cette étude se sont fiés à une double association d'inhibiteurs de la protéase (sans nucléoside) pour supprimer la charge virale. Cela pourrait expliquer pourquoi la restauration immunitaire observée chez ces sujets a été plus remarquable que lors de plusieurs études antérieures. Ces autres recherches ont habituellement porté sur des combinaisons de médicaments anti-VIH qui incluaient des nucléosides. Il se peut que l'effet à long terme des nucléosides affaiblisse la réponse immunitaire chez certaines PVVIH/sida. Il sera important de continuer à étudier l'impact des médicaments anti-VIH sur le système immunitaire si on souhaite mettre au point des thérapies qui soient sécuritaires et efficaces à long terme. Plusieurs études sont en cours pour comparer des régimes comportant des nucléosides à des régimes qui n'en comportent pas. Les résultats préliminaires de ces études devraient être publiés l'année prochaine.

Lipodystrophie

Nous avons hâte de connaître les résultats d'une analyse plus poussée de ces données, notamment en ce qui concerne le lien entre des régimes spécifiques et le risque d'effets secondaires tels que :

L'analyse préliminaire des résultats porte à croire que les sujets recevant des nucléosides étaient plus susceptibles de perdre de la graisse au niveau du visage et des fesses que les sujets qui n'en recevaient pas. (JB Angel, communiqué personnel, 2001)

Découvertes importantes

Les congés thérapeutiques, ou interruptions stratégiques du traitement, sont accueillis à bras ouverts par certaines PVVIH/sida qui en ont marre des effets secondaires de la multithérapie ou qui ne veulent plus gober une poignée de pilules chaque jour. Rappelons toutefois que les congés thérapeutiques risquent de réexposer le système immunitaire au VIH après une longue période de suppression virale.

L'un des messages importants à découler de cette étude est le suivant : le rétablissement du système immunitaire prend du temps et le type de thérapie utilisé semble revêtir une importance. Nous savons aussi qu'une suppression prolongée de la charge virale procure des bienfaits. Tout congé thérapeutique doit donc être planifié soigneusement et en fonction de plusieurs facteurs. Il est donc probable que la mise au point de médicaments moins toxiques et plus efficaces soit plus souhaitable comme moyen de maîtriser l'infection au VIH.

RÉFÉRENCES

1. Tovo P-A. Highly active antiretroviral therapy inhibits cytokine production in HIV-uninfected subjects. AIDS 2000;14(6):743-744.

2. Rinaldo CR, Huang X-L, Fan Z, et al. Anti-human immunodeficiency virus type 1 (HIV-1) CD8+ T-lymphocyte reactivity during combination antiretroviral therapy in HIV-1-infected patients with advanced immunodeficiency. Journal of Virology 2000;74(9):4127-4138.

3. Stranford SA, Ong JC, Martinez-Mariño B, et al. Reduction in CD8+ cell noncytotoxic anti-HIV activity in individuals receiving highly active antiretroviral therapy during primary infection. Proceedings of the National Academy of Sciences 2001;98(2):597-602.

4. Angel JB, Parato KG, Kumar A, et al. Progressive human immunodeficiency virus-specific immune recovery with prolonged viral suppression. Journal of Infectious Diseases 2001;183:546-554.

20010228
CATF11504


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