
Vers la fin des années 90, certaines PVVIH/sida sous multithérapie antirétrovirale ont commencé à se plaindre d'altérations bizarres de leur forme corporelle. On a également commencé à signaler des augmentations des niveaux de sucre, d'insuline et de substances graisseuses dans le sang de ces personnes. Entre autres, ces changements ont donné lieu à un risque accru de diabète non-insulino-dépendant et de maladie cardiovasculaire chez ces gens. L'ensemble de ces phénomènes est connu sous le nom de syndrome de lipodystrophie.
La cause précise de ces problèmes n'est pas connue, mais le fait qu'ils sont survenus en si grand nombre chez les PVVIH/sida sous multithérapie est frappant et date de peu, relativement parlant. Bien que d'aucuns soient prêts à imputer ces problèmes aux inhibiteurs de la protéase (IP), des recherches récentes laissent entendre que les analogues nucléosidiques, ou nucléosides (AZT, 3TC, etc.), pourraient jouer un rôle dans le syndrome de lipodystrophie.
Des chercheurs en France ont comparé l'effet de diverses combinaisons de nucléosides sur la production de graisses et d'insuline dans l'organisme. Leurs résultats laissent penser que l'usage à long terme d'analogues nucléosidiques donnerait lieu à des pertes de graisses sous-cutanées (sous la peau). De plus, les sujets recevant le d4T se sont avérés plus susceptibles d'avoir un taux de triglycérides élevé dans le sang, comparativement aux sujets qui n'ont pas reçu ce médicament.
Les chercheurs ont recruté 56 adultes séropositifs qui ne prenaient pas d'hormone ou de stimulant de l'appétit. Certains sujets recevaient une combinaison de nucléosides et d'autres, aucune thérapie. Ils ont été répartis dans les trois groupes suivants :
groupe d4T – 23 sujets
combinaison utilisée – d4T + 3TC ou ddI
groupe AZT – 16 sujets
combinaison utilisée – AZT + 3TC ou ddI ou ddC
groupe témoin – 13 sujets
aucun médicament anti-VIH
La numération de CD4+ moyenne était d'environ 500 cellules et la charge virale des sujets sous trithérapie allait de 200 à 500 copies. Chez les sujets qui ne suivaient aucune thérapie, la charge virale moyenne était plus élevée, soit 15 000 copies environ.
La graisse qui se trouve sous la peau, et qui sert de coussin et d'isolation, s'appelle la graisse sous-cutanée. Les personnes atteintes du syndrome de lipodystrophie liée au VIH éprouvent souvent des pertes de graisses sous-cutanées au niveau des bras, des jambes et du visage. Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont eu recours à des examens radiologiques et tomodensitométriques pour mesurer la quantité de graisses sous-cutanées sur les cuisses et l'abdomen des sujets. Ces examens ont révélé que les sujets qui ne recevaient aucun médicament anti-VIH avaient la plus grande quantité de graisses sous-cutanées, suivis des sujets recevant l'AZT. La plus faible quantité de graisses sous-cutanées a été observée chez les sujets sous d4T. Signalons que la durée du traitement n'a pas différé de façon significative entre les sujets traités à l'AZT et ceux traités au d4T.
Les graisses qui se situent dans les régions plus profondes de l'organisme s'appellent les graisses viscérales. Les sujets sous d4T avaient plus de graisses viscérales comparativement aux sujets sous AZT ou à ceux qui ne prenaient aucun médicament. Cette différence dans les niveaux de graisses viscérales entre le groupe d4T et les autres était significative du point de vue significative.
L'observation des sujets a amené les chercheurs à soupçonner la présence du syndrome de lipodystrophie dans les proportions suivantes :
Les sujets recevant du d4T étaient susceptibles de présenter la lipodystrophie plus rapidement que les sujets sous AZT. L'utilisation d'autres médicaments, tel le ddI ou le 3TC, n'a pas été liée à l'apparition de la lipodystrophie.
Dans le cadre d'une étude de plus longue durée et de plus grande envergure, des données relatives au poids et à la composition corporelle ont été recueillies auprès des participants trois mois avant leur admission à l'étude décrite ci-dessus. Au cours de ces trois mois, les sujets sous d4T ont perdu en moyenne 2 kg alors qu'on a constaté un gain de poids moyen de 1,3 kg chez les sujets sous AZT; il s'agit-là d'une différence statistiquement significative. Malgré ces changements de poids, aucune altération de la masse musculaire n'a été constatée, ce qui laisse entendre que le poids perdu ou pris consistait majoritairement en graisses.
Cette étude a permis de signaler un lien potentiel entre l'usage de d4T et la fonte de graisses chez les PVVIH/sida. Des études de plus longue durée devront être réalisées auprès d'un plus grand nombre de sujets afin de confirmer ce lien. De plus, comme de nombreuses PVVIH/sida prennent de grandes quantités de suppléments antioxydants (telles les vitamines C et E, la co-enzyme Q10, l'acide lipoïque et l'acétyl-L-carnitine) dans l'espoir de se protéger contre la perte de graisses, des recherches sont également nécessaires pour évaluer l'effet de ces produits sur cet effet secondaire.
RÉFÉRENCE
1. Saint-Marc T, Partisani M, Poizot-Martin I, et al. A syndrome of peripheral fat wasting (lipodystrophy) in patients receiving long-term nucleoside analogue therapy. AIDS 1999;13(13):1659-1667.
20010131
CATF11406
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