
On signale de plus en plus souvent chez les personnes vivant avec le VIH/sida des cas d'amincissement et d'affaiblissement des os, soit des complications qui augmentent le risque de fractures. D'autres personnes souffrent d'un endommagement des os tellement grave qu'il nécessite une chirurgie pour remplacer la hanche. On ignore toujours si ces complications sont attribuables aux effets de la multithérapie, à ceux de l'infection chronique au VIH ou à une combinaison mystérieuse des deux. S'il s'avère que l'ostéoporose (diminution de la masse osseuse) est due à la multithérapie, les chercheurs devront découvrir quels éléments des régimes anti-VIH - nucléosides, non-nucléosides ou inhibiteurs de la protéase - sont responsables de l'amincissement des os chez les personnes ayant le VIH.
Le calcium est un minéral qui agit de concert avec le phosphore et le magnésium pour construire des os forts. Il est possible que l'ostéoporose se déclare chez certaines PVVIH/sida parce que l'organisme de ces dernières n'est pas capable de retenir le calcium absorbé à partir des aliments. Dans le cadre d'une étude, des chercheurs ont évalué 73 sujets séropositifs qui recevaient une multithérapie antirétrovirale comportant un inhibiteur de la protéase. L'analyse des échantillons d'urine a révélé que la moitié des sujets perdait plus de 200 mg de calcium chaque jour. L'examen aux rayons X a permis aux chercheurs de conclure que les os des sujets perdaient des minéraux et qu'ils s'amincissaient.
La façon précise dont la multithérapie affaiblirait les os n'est pas claire. Selon une théorie, les inhibiteurs de la protéase et les non-nucléosides empêcheraient le foie de métaboliser plusieurs substances et hormones, dont la vitamine D, que d'aucuns considèrent comme une hormone. Le foie transforme la vitamine D en sa forme active pour qu'elle puisse aider l'organisme à retenir du calcium.
Dans le cadre d'expériences de laboratoire menées sur des cellules exposées aux inhibiteurs de la protéase, ces derniers ont entravé la conversion de la vitamine D de 32 % à 80 %, selon le médicament testé. Les inhibiteurs de la protéase pourraient donc avoir pour effet de réduire la quantité de vitamine D active dans l'organisme. Cet effet risque à son tour de compromettre la faculté de l'organisme à retenir du calcium et à bâtir des os forts. Ces résultats restent à confirmer, mais ils mettent tout de même en valeur l'importance d'un apport quotidien minimal de calcium de 400 unités internationales.
Des chercheurs d'Australie ont évalué l'effet de la thérapie anti-VIH sur les os de 171 PVVIH/sida. L'équipe a constaté qu'une proportion étonnamment élevée des sujets, soit 50 %, perdaient une quantité significative de calcium au niveau des os. De plus, on a constaté un amincissement des os chez 17 % des sujets. Chacun de ces groupes utilisait des inhibiteurs de la protéase.
Les chercheurs ont également trouvé que la perte de graisse sous-cutanée était liée à l'affaiblissement des os. Chose intéressante, la probabilité d'un épaississement des os était plus grande chez les sujets recevant l'indinavir que chez les utilisateurs du nelfinavir. Ce lien entre l'indinavir et l'épaississement des os s'est même manifesté chez les sujets qui perdaient de la graisse sous-cutanée.
L'existence d'un lien éventuel entre l'amincissement des os et la fonte des graisses est intéressante parce qu'elle soulève la possibilité que les analogues nucléosidiques, que l'on a déjà associés à la perte de graisses corporelles, soient impliqués dans l'affaiblissement des os. Des études plus poussées sont clairement nécessaires afin de mieux évaluer l'effet des médicaments anti-VIH sur la formation et la destruction des os ainsi que sur les hormones associées à leur développement.
1. Tebas P, Yarasheski KE, Whyte M, et al. Serum and urine markers of bone mineral metabolism in HIV infected patients taking protease inhibitor containing potent antiretroviral therapy. Abstract 029.
2. Dusso A, Vidal M, Powderly WG, et al. Protease inhibitors inhibit in vitro conversion of 25(OH)-vitamin D to 1,25(OH)2-vitamin D. Abstract 030
3. Nolan D, Upton R, James I, et al. Longitudinal analysis of bone mineral density (BMD) in HIV-infected patients treated with HAART: changes in BMD correlate with change in subcutaneous fat; with an additional independent effect of indinavir therapy to increase BMD. Abstract 031.
4. Mallal SA, John M, Moore C, et al. Contribution of nucleoside analogue reverse transcriptase inhibitors to subcutaneous fat wasting in patients with HIV infection. AIDS 2000;14(10):1309.
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