
Les médecins ont observé les premiers cas de sida au début des années 1980, lorsqu'ils ont été confrontés à diverses affections menaçant le pronostic vital de leurs malades. On a fini par découvrir que l'administration de petites doses régulières d'antibiotiques et d'autres médicaments antimicrobiens aidait à prévenir nombre d'infections causées par le sida. Cette pratique se nomme prophylaxie.
Une autre étape marquante dans le domaine des traitements a été l'arrivée des inhibiteurs de la protéase (IP). Utilisés en association avec d'autres agents anti-VIH, les IP ont permis une réduction très considérable des taux de décès attribuables aux complications du sida en Amérique du Nord, en Europe de l'Ouest et en Australie. L'association d'IP et d'autres médicaments anti-VIH se nomme multithérapie. La multithérapie est efficace car l'association réduit de façon spectaculaire les taux de VIH dans l'organisme et aide aussi le système immunitaire à commencer à se rétablir.
La hausse des numérations des cellules CD4+ et la baisse de la charge virale chez les malades qui suivent une multithérapie ont encouragé leurs médecins à cesser de prescrire une prophylaxie contre certaines complications du sida. Une telle solution pourrait ne causer aucun problème pour certaines personnes qui n'ont jamais éprouvé de symptômes du sida. Toutefois, chez les personnes qui ont éprouvé des complications telles que la pneumonie à Pneumocystis carinii (PPC), une infection potentiellement mortelle, ou l'infection à cytomégalovirus (CMV), qui peut causer la cécité, l'arrêt de la prophylaxie peut être dangereux. Afin de découvrir si les personnes ayant souffert de symptômes du sida peuvent sans danger arrêter leur prophylaxie après avoir commencé une multithérapie, des chercheurs en Espagne ont mené une étude auprès de 53 sujets. Leurs résultats donnent à penser qu'il est possible d'interrompre sans danger la prophylaxie chez les personnes ayant le sida qui ont obtenu une hausse des numérations CD4+ et une baisse de la charge virale grâce à la multithérapie.
Les chercheurs ont recruté 58 sujets séropositifs (VIH) qui présentaient les traits suivants :
Huit sujets n'avaient jamais été exposés à des médicaments anti-VIH avant leur admission à l'étude, et les autres avaient déjà pris des analogues nucléosidiques (AZT et médicaments du même genre) en monothérapie. Une fois admis à l'étude, les sujets ont tous pris deux analogues nucléosidiques et un IP. Lorsque leur numération CD4+ s'élevait au-dessus du point repère de 100 cellules et que leur charge virale tombait à moins de 500 copies, habituellement au bout de trois mois de multithérapie, les médecins recommandaient l'interruption de la prophylaxie.
Au bout de 18 mois de multithérapie, les valeurs observées en laboratoire des sujets du groupe se présentaient en moyenne comme suit :
Avant d'entreprendre la multithérapie, les sujets prenaient des médicaments afin de prévenir les infections suivantes :
Après 18 mois de multithérapie, cinq sujets ont cessé de participer à l'étude pour les raisons suivantes :
Chez les 53 sujets restants, il n'y a eu que deux cas d'infections graves.
Un sujet a présenté un ganglion lymphatique tuméfié à cause de la bactérie responsable de la tuberculose, malgré une numération CD4+ de 253 cellules et une charge virale en dessous du point repère de 500 copies.
L'autre sujet a connu une rechute de PPC. Au moment du diagnostic de cette complication, sa numération CD4+ était de 43 cellules et sa charge virale était supérieure au point repère de 500 copies. La malade a avoué avoir interrompu son traitement anti-VIH pendant six semaines à cause d'effets secondaires. Après avoir récupéré de la PPC, elle a changé de traitement antiviral; sa numération CD4+ a augmenté au-dessus de 200 cellules, et sa charge virale a tombé sous les 500 copies. Six mois après avoir récupéré de la PPC, elle a interrompu sa prophylaxie (Bactrim/Septra) et elle n'a pas connu d'autre épisode de PPC depuis.
Les résultats de cette étude permettent de penser que dans la plupart des cas, les personnes qui obtiennent des bienfaits soutenus de leur multithérapie peuvent sans danger interrompre leur prophylaxie, à condition de pouvoir continuer à suivre leur multithérapie.
1. Soriano V, Dona C, Rodriguez-Rosado R, et al. Discontinuation of secondary prophylaxis for opportunistic infections in HIV-infected patients receiving highly active antiretroviral therapy. AIDS 2000;14:383-386.
20000501
CATF10706
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