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Une étude contrôlée contre placebo ayant recours à des herbes chinoises

TreatmentUpdate 104 - 2000 janvier ; Volume 11 Issue 10
Hosein SR click here for english language version of article

La médecine traditionnelle chinoise est utilisée depuis des milliers d'années dans la prévention et le traitement des maladies. Parmi les infections pour lesquelles on a eu recours à la médecine traditionnelle chinoise, notons:

Les traitements pharmaceutiques actuellement reconnus n'ont pas d'effet curatif sur l'infection par le VIH et sont associés à différents effets secondaires. C'est pourquoi certaines personnes vivant avec le VIH/sida et leurs fournisseurs de soins se tournent vers les systèmes médicaux traditionnels pour:

Plusieurs plantes médicinales utilisées en médecine traditionnelle chinoise ont démontré une activité utile dans des expériences en laboratoire sur des cellules, notamment:

Certaines personnes supposent qu'en prenant une quantité suffisante de ces herbes, elles observeront une activité anti-VIH au niveau de l'organisme. Cette croyance risque toutefois d'être démentie pour plusieurs raisons. Par exemple, il est essentiel de se rappler que les herbes utilisées en médecine traditionnelle chinoise comportent également des effets complexes sur le système immunitaire, dont une activité anti-inflammatoire. Ce dernier point est important parce que certains symptômes du VIH/sida sont soulagés par l'usage de médicaments anti-inflammatoires. Toutefois, ces médicaments risquent également de nuire à l'aptitude du système immunitaire à lutter contre les infections associées au sida. Par conséquent, il est bon d'assumer que certaines plantes médicinales utilisées en médecine traditionnelle chinoise risquent également de nuire à l'aptitude du système immunitaire à lutter contre certaines infections.

Des médecins suisses ont mené une étude contrôlée contre placebo de six mois sur une préparation standardisée de plus de 30 herbes utilisées en médecine traditionnelle chinoise. Nous en rapportons les résultats ici.

Détails de l'étude

Des médecins ont recruté 68 personnes séropositives, comme suit:

Les chercheurs ont affecté les sujets au hasard dans deux groupes, le premier recevant des pilules contenant un mélange d'herbes utilisées en médecine traditionnelle chinoise et le deuxième recevant des pilules contenant un mélange d'herbes factices (placebo) pendant six mois. Les taux de CD4+ et de charge virale des sujets du premier groupe étaient les suivants:

Chez les sujets affectés au deuxième groupe (placebo), les valeurs de laboratoire étaient les suivantes :

Pendant six mois, les sujets ont pris sept pilules quatre fois par jour, soit un total de 28 pilules par jour. Pendant l'étude, certains sujets ont pris des médicaments anti-VH, habituellement de l'AZT, du ddl ou du ddC. L'analyse statistique a démontré que les différences entre les deux groupes à l'étude en ce qui concerne les traits suivants n'étaient pas importantes.

Résultats - Sujets ayant poursuivi l'étude jusqu'à terme

Bien que 68 sujets aient accepté de participer à l'étude, seuls 24 des 34 sujets affectés au groupe recevant les plantes médicinales l'ont poursuivie jusqu'au bout, contre 29 sur 34 des sujets affectés au groupe recevant un placebo.

Résultats - Numérations CD4+ et CD8+

Les auteurs n'ont signalé aucun changement significatif dans les numérations CD4+ entre les groupes de sujets ayant participé à l'étude. Chez les sujets des groupes recevant des herbes utilisées en médecine traditionnelle chinoise ou un placebo et qui ne suivaient pas de multithérapie, les numérations CD4+ ont baissé d'environ 50 cellules.

Selon les chercheurs, les numérations CD8+ sont demeurées « stables » pendant l'étude.

Résultats - Charge virale

À la fin de l'étude, les changements observés dans la charge virale des sujets de chaque groupe à l'étude ou entre les groupes n'ont pas paru significatifs sur le plan statistique.

Résultats - Effets secondaires

Le nombre d'effets secondaires signalés était deux fois plus élevé chez les sujets recevant des plantes médicinales que chez ceux recevant un placebo. Cette différence a paru significative du point de vue statistique; c'est-à-dire non attribuable au hasard seulement. Les sujets recevant des herbes étaient plus nombreux à signaler les effets secondaires suivants:

Les techniciens n'ont pas décelé de toxicité médullaire (moelle osseuse), rénale ou hépatique résultant de l'exposition aux herbes utilisées en médecine traditionnelle chinoise.

Résultats - Symptômes du VIH/sida

Un sujet de chaque groupe a développé un nouveau trouble relié au sida pendant l'étude. Les sondages visant à évaluer le bien-être mental et physique des sujets n'ont pas révélé de changement pendant l'étude dans l'un ou l'autre des deux groupes.

Questions relatives au mélange d'herbes

Selon les chercheurs, les herbes utilisées dans le cadre de cette étude ont été choisies en raison de leur utilité traditionnelle à réduire les symptômes suivants:

Points à prendre en compte:

  1. 1. Chez les personnes séropositives, des symptômes tels que la fatigue, la fièvre, les sueurs nocturnes, la diarrhée et l'enflure des ganglions lymphatiques peuvent signaler le début d'une complication menaçant la survie. La suppression de ces symptômes peut procurer un soulagement temporaire, mais peut aussi permettre à l'infection ou au cancer en développement de se propager. Un examen physique complet, combiné à des tests exhaustifs en laboratoire, peuvent être plus utiles à long terme, parce qu'ils peuvent aider les médecins à diagnostiquer la cause des symptômes.
  2. 2. Des médicaments tels que les corticostéroïdes peuvent supprimer l'inflammation, la fatigue et la fièvre à court terme. Toutefois, à long terme, ils risquent aussi d'affaiblir l'aptitude du système immunitaire à lutter contre le VIH et d'autres microbes. Il est possible que certaines des herbes utilisées dans le cadre de l'étude suisse, avec leurs antécédents d'emploi contre des troubles inflammatoires, aient affaibli le type d'immunité nécessaire pour lutter contre le VIH. En fait, la hausse générale observée dans la charge virale des sujets ayant reçu des herbes utilisées en médecine traditionnelle chinoise est troublante et laisse penser à cette éventualité.
  3. 3. La médecine traditionnelle chinoise est un système médical complexe dans le cadre duquel le traitement est adapté aux besoins de chaque patient. Les patients sont contrôlés et évalués régulièrement par les praticiens de la médecine traditionnelle chinoise et le mélange d'herbes prescrit peut changer d'un mois à l'autre. Dans cette étude, les auteurs ont utilisé un mélange standardisé formulé en fonction des symptômes généraux de l'infection à VIH. Ils n'ont pas, par conséquent, varié le mélange en fonction des besoins individuels.
  4. 4. Selon les médecins participants, les résultats de l'étude suisse démontrent que cette préparation d'herbes chinoises standardisée n'est pas efficace pour traiter les personnes infectées par le VIH.
  5. 5. Cet essai clinique met en valeur certaines des difficultés liées à l'usage des méthodologies conventionnelles courantes pour étuder les effets de la médecine traditionnelle chinoise. Il faudrait peut-être envisager d'examiner d'autres méthodes ou des méthodes différentes de collecte de données pour évaluer un domaine aussi complexe que la médecine traditionnelle chinoise.

RÉFÉRENCES

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20000101
CATF10404


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