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L'abacavir à la rescousse dans les cas d'émaciation

Alan Boutilier and Sean Hosein
CATIE News: mars 11, 2002 click here for english language version of article

Nouvelles en provenance de la IXe Conférence annuelle sur les rétrovirus

La multithérapie antirétrovirale fortement active procure plusieurs bienfaits, mais elle n'est pas sans effets secondaires, dont des altérations de la forme corporelle ne sont pas les moindres. Chez certains patients, les graisses situées sous la surface de la peau – appelée graisses sous-cutanées – disparaissent du visage, des bras et des jambes sous l'effet de la multithérapie. Dans certains cas, des dépôts de graisse s'accumulent sur les seins, l'abdomen ou la nuque (bosse de bison).

Nous ignorons la cause précise de ces changements bizarres, mais une équipe de chercheurs australienne a avancé une hypothèse. Selon cette dernière, les médicaments anti-VIH appelés analogues nucléosidiques seraient susceptibles d'endommager les parties des cellules adipeuses (graisses) responsables de la production d'énergie, c'est-à-dire les mitochondries. Puisqu'elles ne sont plus capables de produire de l'énergie, les cellules adipeuses cessent de fonctionner normalement et meurent. Il semble que les analogues nucléosidiques du groupe «T» (analogues de la thymidine) soient plus susceptibles de provoquer des pertes de graisses que les autres analogues nucléosidiques. Les analogues nucléosidiques «T» sont les suivants:

Dans un effort pour contrer l'émaciation liée à la multithérapie, les chercheurs australiens ont mené une étude chez des patients séropositifs qui prenaient du d4T ou de l'AZT dans le cadre d'une multithérapie. Les patients ont remplacé leur médicament «T» par un autre analogue nucléosidique appelé abacavir (ABC, Ziagen). Les chercheurs ont suivi les patients pendant six mois afin d'observer toute altération de leur forme corporelle.

Détails de l'étude

Les chercheurs ont recruté 105 sujets ayant le profil suivant:

L'équipe a réparti les sujets au hasard en deux groupes. Cinquante d'entre eux ont substitué l'abacavir à leur analogue nucléosidique «T», alors que les 55 autres sujets ont poursuivi le régime en cours.

Résultats

Après six moins, on a constaté une augmentation de la quantité de gras sur les bras et les jambes des sujets sous abacavir comparativement aux sujets qui n'avaient pas changé de médicament. Cette différence était significative du point de vue statistique, c'est-à-dire non attribuable au hasard seulement. Toutefois, comme l'augmentation en question n'atteignait que les 10 %, des personnes inexpérimentées auraient eu de la difficulté à s'en apercevoir. En fait, l'augmentation des graisses sous-cutanées sur les membres a été décelée au moyen d'examens radiologiques appelés DEXA. Les utilisateurs de l'abacavir ont bénéficié d'une augmentation des graisses sous-cutanées indépendamment des facteurs suivants:

Les niveaux de graisses abdominales ont baissé légèrement chez les sujets recevant l'abacavir. Le taux d'acide lactique dans le sang a également diminué légèrement chez ces derniers, mais il est demeuré stable chez les autres sujets. Signalons qu'un taux d'acide lactique supérieur à la normale peut dénoter des dommages aux mitochondries. Aucun changement significatif n'a été constaté dans les niveaux de lipides – cholestérol et triglycérides – dans le sang des sujets.

En moyenne, la suppression de la charge virale s'est maintenue chez les patients sous abacavir.

Effets indésirables

Deux sujets qui ne recevaient pas d'abacavir ont eu une crise cardiaque et 10 % des sujets sous abacavir ont présenté des signes d'hypersensibilité à ce dernier.

Points clés

Il est important de mettre ces résultats en perspective. Rappelons d'abord que les améliorations observées sur le plan des graisses sous-cutanées étaient faibles et devaient se confirmer à l'aide d'examens radiologiques. Comme l'avancent les chercheurs, des années pourraient s'écouler avant que des graisses sous-cutanées réapparaissent.

Les données provenant de cet essai australien rappellent les résultats d'autres études où l'abacavir a été substitué à d'autres médicaments afin d'en évaluer l'effet sur les pertes de graisses. L'ensemble de ces études jette les fondements des recherches à venir. Parmi les questions qui restent à éclairer, on trouve la suivante: les PVVIH/sida devraient-elles privilégier des combinaisons d'analogues nucléosidiques qui leur permettraient d'éviter ou de minimiser l'exposition à l'AZT et au d4T? Si oui, voici quelques combinaisons possibles:

Le problème avec cette liste réside dans le faible nombre de médicaments dont on peut choisir. De plus, chacun des médicaments figurant dans cette liste est susceptible de provoquer d'autres effets secondaires. Une stratégie alternative pourrait consister à utiliser tous les analogues nucléosidiques par cycles. Il s'agirait d'utiliser une combinaison pendant une période fixe, mettons six mois à un an, puis d'en utiliser une autre pendant la prochaine période, et ainsi de suite. Il s'agit-là d'une possibilité sur plusieurs, dont chacune doit être évaluée en profondeur. Avant de changer un analogue nucléosidique pour un autre, les PVVIH/sida feraient mieux d'attendre les résultats d'autres études conçues pour peser les risques (augmentation de la charge virale, effets secondaires) et les bienfaits éventuels (augmentation à peine perceptible des graisses sous-cutanées) d'un changement de traitement. Les analogues nucléosidiques ont beau être la première catégorie de médicaments anti-VIH, il reste plein de questions à résoudre à leur sujet.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE

Carr A, smith D, Workman C, et al. Switching stavudine or zidovudine to abacavir for HIV lipoatrophy: a randomized, controlled, open-label, multicentre, 24-week study. Abstract 32.

20020311
CATF-N20020302


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