
JOHANNESBURG, 24 août 2009 (AFP) - Un manque de leadership en Afrique du Sud a mené à la défaillance du système de santé plombé par le plus fort taux de prévalence du sida au monde, des maternités et services pédiatriques limités et un fort taux de morts violentes, estiment des médecins dans The Lancet.
"Bien que l'Afrique du Sud soit considérée comme un pays à revenus moyens en termes économiques, ses résultats dans le secteur de la santé sont pires que ceux obtenus dans des pays à faibles revenus", estiment des médecins sud-africains dans la revue médicale britannique.
Quinze ans après la fin de l'apartheid, les services de santé ont été généralisés à l'ensemble du pays. Mais l'Afrique du Sud doit aujourd'hui faire face, de front, à des épidémies notamment de sida et de tuberculose, à un taux important de morts violentes et à la défaillance des maternités et services pédiatriques, constatent une série d'articles publiés par The Lancet.
Ces articles rendent davantage responsable un leadership faible que de mauvaises politiques dans ce domaine.
"Des échecs dans la direction et l'intendance (du pays) et une gestion faible ont mené à la mauvaise application de ce qui constitue souvent une bonne politique" au départ, estiment les chercheurs sud-africains dans un article.
Le ministre sud-africain de la Santé, Aaron Motsoaledi, qui a rencontré lundi des experts internationaux, a reconnu que le système de santé dans le pays posait problème.
"Les services publics et privés sont en difficulté. En tant que gouvernement, nous prenons la responsabilité des erreurs commises, en particulier en ce qui concerne le VIH-sida où de mauvaises politiques ont été menées", a-t-il dit lors d'une conférence de presse. "Cependant certains des problèmes ont été hérités de l'apartheid et du colonialisme", a-t-il ajouté.
L'ancien président Thabo Mbeki a ainsi pendant des années nié la menace posée par le sida et retardé la généralisation des antirétroviraux qui permettent aux malades de vivre plus longtemps.
Le rédacteur en chef de The Lancet, Richard Horten, a estimé que l'élection de Jacob Zuma à la présidence de l'Afrique du Sud cette année offrait la possibilité de réparer les erreurs du passé. "L'échec catastrophique de la direction précédente à s'atteler à certains problèmes de santé a cassé la confiance du public sud-africain et trahi celle de la communauté médicale internationale", estime-t-il.
Les articles soulignent des différences importantes dans les systèmes de santé entre les différentes provinces et un manque de coordination nationale.
Ainsi au Western Cape (sud-ouest), 80% des tuberculeux étaient soignés en 2007 tandis que dans le KwaZulu-Natal (sud-est) le taux était de 40%.
En ce qui concerne les maternités et services pédiatriques, l'Afrique du Sud figure parmi les 12 pays qui ont vu le taux de mortalité infantile augmenter depuis 1990, dit le journal.
Le sida reste le plus grand défi, avec 5,5 millions de personnes vivant avec le virus (sur 48,5 millions d'habitants) - soit environ 17% du total mondial.
Mais beaucoup de ces malades souffrent aussi de tuberculose, tandis que le nombre de personnes affectés par des maladies telles que l'obésité, les troubles cardiaques, la toxicomanie, l'anxiété et la dépression est en augmentation, disent les articles.
Le taux de criminalité alarmant en Afrique du Sud est un autre poids pour le système de santé car, indiquent les articles, le nombre important d'homicides, de violences domestiques et de viols aide à la propagation du VIH.
Le taux de morts violentes en Afrique du Sud est près de cinq fois supérieur à la moyenne mondiale, selon les articles.
"La moitié des victimes femmes d'homicide sont tuées par leur partenaire et le pays a un taux spécialement élevé de viols de femmes et de jeunes filles", ajoutent-ils.
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