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Les enfants, premières victimes de l'épidémie de sida au Swaziland

Agence France-Presse - septembre 5, 2008
Sibongile Khumalo
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SANDLENI (Swaziland), 5 sept 2008 (AFP) - A 15 ans, la frêle Nonsikelelo Hlophe a déjà vu sa vie détruite par la maladie tabou dont on lui a longtemps caché le nom. Le sida, qui ravage le Swaziland, a emporté son père, puis sa mère, la laissant sans ressources avec ses quatre frères et soeurs.

Dans leur village de Sandleni, dans le sud du pays, ils tentent depuis quatre ans de joindre les deux bouts grâce aux dons, au soutien d'ONG et aux petits boulots.

Leur père, qui travaillait dans une mine d'or à Johannesburg, est rentré au pays en 2001 avant de mourir un an plus tard de "la Maladie". Dans le petit royaume montagneux enclavé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique, 40% des adultes sont séropositifs ou malades du sida, soit le taux de prévalence le plus élevé au monde, selon l'ONU.

Mais le silence autour du syndrome immunodéficitaire acquis commence seulement à se lever. "On était gamins et c'est pour ça qu'on ne nous a rien dit sur les causes de sa mort", explique Nonsikelelo, le regard dans le vide.

Sa mère est emportée deux ans plus tard par la tuberculose, une de ces infections terriblement agressives pour des organismes privés de défenses immunitaires.

Nonsikilelo, la plus jeune, n'a alors que 11 ans et son frère aîné, Ndumiso, prend en charge la fratrie dans ce village isolé, où près de 3.000 foyers sont dirigés par des enfants, selon l'organisation non gouvernementale World Vision.

"Le cas de la famille Hlophe est représentatif de ce qui se passe dans beaucoup de zones rurales du pays", souligne un responsable de cet organisme chrétien, Musa Mayisela.

"Quand les parents meurent du sida, les enfants sont livrés à eux-mêmes dès leur plus jeune âge sans pouvoir gagner leur vie", poursuit-il. "Il n'existe aucune aide d'Etat" en dehors de la prise en charge, récente, des frais de scolarité.

Les cinq enfants Hlophe, tous en bonne santé, ont pu continuer à aller à l'école. Les ONG donnent des colis de nourriture. L'aîné, 22 ans aujourd'hui, jongle entre ses études et les petits boulots pour survivre.

Sa soeur Phumzile, 20 ans, veut elle aussi s'en sortir. "J'ai vu combien ma mère a souffert, je veux devenir infirmière pour aider les gens", lance la jeune fille, dont les parents n'ont pas pu bénéficier des anti-rétroviraux dont la distribution n'a commencé qu'en 2003.

En 2008, seulement 51.000 malades reçoivent les précieux médicaments, un nombre bien insuffisant dans ce pays d'1,14 million d'habitants dont près d'un sur quatre est atteint par la maladie.

Selon l'association de défense des séropositifs Swaziland Positive Living, trop peu de centres distribuent des anti-rétroviraux et les dispensaires sont beaucoup trop éloignés les uns des autres, difficiles d'accès en raison du terrain accidenté.

Les malades sont souvent trop faibles pour s'y rendre et ne les prennent qu'épisodiquement, ce qui entraîne de graves phénomènes de résistance du virus.

L'association s'indigne des dépenses fastueuses engagées pour les 40 ans d'indépendance du pays et le 40e anniversaire du roi Mswati III, dernier monarque absolu d'Afrique, alors que les deux-tiers de la population vit dans une misère noire.

Lors d'une manifestation fin août, 1.500 femmes ont bravé les interdits de ce pays très conservateur pour protester contre les somptueuses festivités organisées samedi, estimant que cet argent aurait dû être consacré à l'achat d'anti-rétroviraux.

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