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Sida: des mères retrouvent le sourire, l'Afrique du Sud du crédit

Agence France-Presse - juillet 30, 2008
Fran Blandy

JOHANNESBURG, 30 juil 2008 (AFP) - Les mères séropositives retrouvent de plus en plus le sourire en apprenant que leur enfant a évité la contamination par le VIH, illustrant l'optimisme qui regagne peu à peu l'Afrique du Sud dans sa lutte contre le sida.

"Mon Dieu, je ne veux pas voir!" A l'appel de son nom, la mère séropositive de 25 ans prend sa respiration, et se tortille en attendant le verdict. "Elle est négative", l'apaise le Dr Charl Verwey d'un sourire, lui remettant le résultat du test: Un traitement à peine disponible il y a 18 mois, aujourd'hui plus répandu, vient d'épargner l'infection à sa fillette de six semaines.

Derrière la jeune femme soulagée qui remercie le ciel les mains jointes, une trentaine d'autres, tendues, attendent le résultat dans la salle d'attente du Coronation Hospital de Johannesburg, seul centre régional spécialisé dans la transmission mère-enfant. Et à ce titre, baromètre des progrès de l'Afrique du Sud dans l'accès aux traitements, depuis le tournant de 2007.

C'est à cette date que le pays a adopté son plan national stratégique contre le sida, qui affecte 5,5 des 48 millions de Sud-Africains.

Alors seulement, signala-t-il, une rupture avec le comportement "obtus, dilatoire et négligent" vis-à-vis des traitements, qu'avait stigmatisé en un humiliant discours Stephen Lewis, l'ex-envoyé spécial de l'ONU pour le sida en Afrique, à la conférence mondiale sur la pandémie 2006.

Au Coronation, la différence est palpable, et les médecins aiment faire part de bonnes nouvelles. Depuis que le pays a commencé à distribuer, en début d'année, la thérapie duale (Névirapine + AZT) recommandée par Onusida, les résultats se font sentir.

L'hôpital donne naissance a quelque 10.000 bébés par an. Et un premier échantillon de bébés testés après les nouveaux traitements n'a donné que deux enfants séropositifs, sur 45 mères. Dans le pays, la moyenne varie encore de 8% à 22% selon les provinces.

La transmission mère-bébé, "c'est le secteur où l'on voit le résultat immédiat. C'est là qu'on peut, très vite, donner plus de bonnes nouvelles", se félicite Ashraf Coovadia, chef pédiatre du Coronation, soulagé comme beaucoup que la raison ait repris ses droits.

"Assurément, aïl et betterave ne font pas partie du plan national stratégique", glisse-t-il, en référence aux recommandations médico-alimentaires baroques de la ministre de la Santé, qui firent la risée du monde scientifique. "Très embarrassant", résume pudiquement Coovadia.

Certes, l'objectif national de 5% de transmission mère-bébé est encore loin. Et le vice-président du Conseil national sur le sida, Mark Heywood, souligne le "désastre" constitué par le suivi flou des malades sous traitement antirétroviraux (ARV), avec un taux de déperdition important.

"Le gouvernement sait juste combien de personnes ont commencé un jour un traitement: 480.000 à la date de juin. Et il y a certainement plus d'un million de personnes qui en ont un besoin" immédiat, explique-t-il. Soit moins de 50% des besoins traités, contre 85% au Botswana voisin.

Mais le fait même que Heywood, militant de Treatment Action Campaign, siège depuis un an au Conseil national, donne la mesure du virage sud-africain. Comme le satisfecit délivré dès mi-2007 par Peter Piot, directeur exécutif d'Onusida: "Plan national ambitieux, mais crédible sur cinq ans".

Comparé à 2006, "nous sommes dans un environnement politique complètement différent", assure Heywood. "Je ne crois pas va qu'on verra s'exprimer à Mexico le même genre de colère" contre l'Afrique du Sud qu'à Toronto. Peut-être même une forme de rédemption.

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