
RIO DE JANEIRO, 30 juil 2008 (AFP) - Le Brésil, qui a enrayé la progression du sida avec sa politique pionnière de lutte contre la maladie entamée il y a plus de 20 ans, poursuit aujourd'hui son bras de fer avec les grands laboratoires pour mettre les médicaments à la portée de tous.
Ce pays de 190 millions d'habitants, où vit un tiers des latino-américains séropositifs, enregistre actuellement 32.000 nouveaux cas par an contre 25.000 dans les années 1990, inversant les pronostics d'une épidémie explosive à l'image de l'Afrique.
La directrice du Programme de lutte contre le sida du ministère de la Santé, Mariangela Simao, a indiqué à l'AFP qu'en 2002, le taux d'incidence du sida était de 22,2 cas pour 100.000 habitants et qu'en 2006 il n'était plus que de 17,5, "ce qui confirmerait même une légère tendance à la baisse".
Néanmoins, selon cette responsable qui se rendra à Mexico début août pour la Conférence internationale sur le sida, le gouvernement veut encore faire baisser ce taux.
Le Brésil compte aujourd'hui 620.000 séropositifs (0,61% de la population de 15 à 49 ans) et 190.000 malades du sida qui reçoivent un traitement gratuit.
Le ministère de la santé a investi 820 millions de dollars dans son programme antisida en 2007 dont 620 millions ont été destinés aux seuls médicaments. Pour 2008, le budget est d'un milliard de dollars.
"Chaque année, de 18.OOO à 20.000 personnes entament un traitement contre le sida", a précisé Mme Simao, ajoutant que seize antirétroviraux sont actuellement disponibles. Sept de ces remèdes sont des génériques qui n'étaient pas protégés par des brevets, fabriqués au Brésil par des laboratoires publics tandis que les neuf autres sont importés.
Depuis plusieurs années, le Brésil mène un bras de fer avec les grands laboratoires étrangers pour faire baisser le prix des antirétroviraux importés et tous les ans il en renégocie le prix.
L'année dernière, faute d'accord avec l'américain Merck sur le brevet de l'efavirenz, le Brésil est pour la première fois passé outre les droits du laboratoire et a décidé d'importer d'Inde son équivalent générique en attendant de le produire lui-même.
"Entre notre commerce et notre santé nous choisissons de soigner notre santé", avait souligné à l'époque le président Luiz Inacio Lula da Silva.
"Aujourd'hui, deux laboratoires développent l'efavirenz, un médicament de première ligne, c'est-à-dire utilisé en début de traitement, et qui est utilisé par 80.000 de nos malades. Il devrait être commercialisé sur notre marché en 2009", a dit Mme Simao.
L'importation du générique indien a déjà permis d'économiser 30 millions de dollars en un an, une somme qui sera réinvestie dans la prévention.
La responsable antisida a ajouté que le Brésil avait "de bonnes options d'achat" pour les médicaments de seconde ligne utilisés par 30 à 35% des patients à un stade plus avancé de la maladie : "Le gouvernement les achète en grande quantité et a donc une bonne marge de négociation".
"Mais ce n'est pas le cas de pays comme le Chili ou le Mexique qui les payent 5 ou 7 fois plus chers car ils sont dépendants d'accords commerciaux avec les Etats-Unis", a-t-elle ajouté.
Le Brésil prône une distribution gratuite et universelle des médicaments antisida et réclame un assouplissement des règles concernant les brevets pharmaceutiques ainsi que des prix plus abordables.
"A Mexico, le Brésil et la France axeront la discussion sur le fait de savoir s'il est possible d'atteindre l'accès universel aux médicaments d'ici à 2010 et sur l'impact des brevets sur cet accès", a anticipé Mme Simao.
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