
PARIS, 16 mai 2008 (AFP) - Malgré les succès enregistrés, 25 ans après la découverte du virus du sida, le chemin à parcourir reste immense pour parvenir à juguler ce fléau mondial, guérir la maladie, trouver un vaccin.
Le 20 mai 1983, dans un article publié dans la revue américaine Science, une équipe de médecins et de chercheurs de l'Institut Pasteur (Paris), dirigée par le professeur Luc Montagnier, décrit un nouveau virus, différent des virus jusque là connus et suspect d'être responsable du syndrome d'immunodéficience aquise (sida). Isolé à partir d'un patient séropositif, ce virus est baptisé LAV pour virus associé à la lymphadénopathie par allusion au gonflement des ganglions (adénopathie), signe avant-coureur de la maladie.
"J'aurais souhaité un anniversaire de la fin de l'épidémie plutôt que celui de la publication", déclare à l'AFP le Pr Montagnier.
Les travaux français ont apporté les premiers arguments en faveur de la responsabilité du virus dans la maladie. L'année suivante, l'équipe américaine du professeur Robert Gallo contribuait à élucider la cause du sida, en affirmant le rôle de cet agent meurtrier.
Cette découverte-clé a permis de faire "un test de détection du virus dans le sang, à implanter et développer des politiques de santé de prévention correctes et des inhibiteurs (du virus) permettant de soigner les patients, sans les guérir", résume le Pr Montagnier.
Jamais la science et la médecine n'avaient été aussi vite à découvrir une maladie, identifier son origine, et poser les bases du traitement du mal surnommé "cancer gay" par la presse anglo-saxonne par allusion aux patients américains homosexuels parmi lequels la maladie a émergé aux yeux du monde.
L'athmosphère était à l'optimisme. N'avait-on pas vaincu grâce à l'hygiène, aux antibiotiques et aux vaccins nombre de maladies infectieuses?
C'était sans compter sur l'extraordinaire capacité de ce virus, désormais baptisé VIH, à défier tous les schémas connus et tourner toutes les défenses du corps.
En avril 1984, Margaret Heckler, secrétaire d'Etat à la Santé américaine, annonçait en fanfare la "découverte" du virus du sida par l'équipe du Pr Gallo. "Nous espérons avoir un vaccin prêt à être testé dans environ deux ans", clamait-elle.
Pareilles promesses d'un vaccin ont été régulièrement lancées au fil des ans. Mais les chercheurs sont devenus plus prudents en prenant la mesure de l'extraordinaire complexité du virus. Si la recherche n'a pas baissé les bras, on n'a toujours pas de vaccin préventif anti-sida.
La guerre des brevets sur les tests et des royalties ont animé la rivalité Gallo-Montagnier, avec plainte devant la justice américaine de l'Institut Pasteur qui débouche sur un accord en 1987. La revue scientifique Nature publie alors une "chronologie de la recherche sur le sida", issue de la négociation et rédigée avec les deux ex-rivaux.
A ce jour, 33 millions de personnes sont infectées et l'on estime que l'épidémie a fauché quelque 25 millions de vie.
Les puissants cocktails antirétrovirus arrivés vers le milieu des années 90 ont transformé le diagnostic de sentence de mort en une forme de maladie chronique, même si les ruses du virus obligent à renouveler les combinaisons thérapeutiques, à trouver d'autres molécules.
Comme pour le vaccin, les tentatives de microbicides, des gels vaginaux protecteurs n'ont pas abouti. Au 21e siècle, la protection des rapports sexuels repose encore sur le préservatif.
Pendant ce temps, le virus poursuit sa propagation profitant de l'ignorance, des préjugés, et trop souvent encore du manque d'engagement des politiques.
L'accès aux médicaments reste limité, "en Afrique, à peine 10% des personnes qui ont besoin d'un traitement en bénéficient", déplore Olivier Schwartz, chercheur à Pasteur.
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