
KINSHASA, 14 mars 2008 (AFP) - "Je dirai au monde ce que j'ai vu ici, avec des mots et des chansons", lance Miriam Makeba. Puis, à 76 ans, l'ambassadrice de la FAO se met à chanter et à danser pour les femmes maraîchères malades du sida, sous la chaleur écrasante des rives du fleuve Congo à Kinshasa.
"Mama Africa !" clament les cultivatrices, rythmant ses pas. Vêtue d'un tailleur noir éclairé d'une étole grenat et or, la grande chanteuse sud-africaine a jeté sa béquille et foule, pieds nus, le sable bordant les champs, entre le fleuve et la rivière Makelele, à quelques kilomètres du centre-ville.
Dans la capitale de la République démocratique du Congo, l'agence des Nations unies pour l'Agriculture et l'alimentation (FAO) appuie onze sites maraîchers en fournissant intrants et matériels agricoles, au bénéfice de l'ONG congolaise Alpi, qui lutte pour "la libération des personnes vivant avec le VIH-sida".
Depuis 2003, cette aide a permis à l'Alpi de fournir une "sécurité alimentaire" et une aide à la "réinsertion sociale" à des centaines de femmes, explique Aline Okongo, présidente de l'ONG qui encadre actuellement 2.430 personnes atteintes du virus.
Les récoltes de fruits et légumes sont en partie utilisées pour équilibrer l'alimentation des malades, et le surplus est vendu sur les marchés de Kinshasa.
"Cela a tout changé pour moi", explique à l'AFP Albertine Masuka, veuve séropositive de 56 ans qui élève seule ses six enfants. "Mes enfants vont tous à l'école maintenant et je peux épargner un peu pour acheter des vêtements et pour l'avenir".
Chaque famille peut cultiver jusqu'à "15 plates-bandes" (de 2 mètres sur 4) et en retirer "jusqu'à 250 dollars par mois" en période de grosse récolte, selon l'Alpi.
Mais tout cela "ne suffit pas" à payer des anti-rétroviraux encore trop rares et trop chers, et le travail est parfois "très difficile" pour des malades car il faut "marcher beaucoup dans des sols sablonneux" pour atteindre les champs, loin des premières routes bitumées, rappelle Mme Okongo.
"En quelques décennies, la pandémie a fait plus de victimes en Afrique que la traite négrière", affirme-t-elle.
"En RDC, le taux de prévalence officiel est de 4,5%. 80% des malades ont entre 15 et 45 ans, une tranche d'âge économiquement productive", explique-t-elle, dénonçant un fléau ennemi du développement et plaidant pour un investissement "encore plus grand" de la communauté internationale et du gouvernement congolais.
Miriam Makeba n'est pas venue les mains vides. Des dizaines de brouettes, arrosoirs, machettes, bêches et râteaux sont offerts aux maraîchères pour le lancement d'un nouveau projet qui doit démarrer en mars.
"Soyons tous des soldats, pas pour nous entretuer, mais tuer tout ce qui est contre l'humanité. Nous sommes tous ensemble" dans ce combat, explique l'infatigable avocate des opprimés, qui a payé son engagement contre l'apartheid de 31 ans d'exil.
"Je suis africaine, je suis Congolaise", lance-t-elle à la foule, sous les applaudissements.
En écho au cri de la diva sud-africaine, les maraîchères entament une ode au travail qui appelle les "mamans" à apprendre à cultiver "parce qu'ici l'homme ne travaille pas". "Si tu le suis, tu risques de te retrouver à repriser les pagnes". Cette fois, c'est Makeba qui applaudit.
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