
PARIS, 17 mars 2008 (AFP) - La Guyane est "en situation d'épidémie généralisée" de VIH/sida, et la lutte contre la maladie nécessite une réponse politique adaptée, en rupture avec le modèle métropolitain, souligne le Conseil national du sida (CNS) dans un rapport rendu public lundi.
La Guyane comptait, en 2005, 49 cas de VIH/sida pour 100.000 habitants, soit 16 fois le taux dans l'hexagone et 9 fois celui de l'Ile-de-France. Quelque 1.100 personnes sont suivies dans les trois hôpitaux de Cayenne, Kourou et Saint-Laurent, selon le CNS.
"Avec plus de 1% des femmes enceintes infectées par le VIH", la Guyane connaît une situation "plus comparable à nombre de pays en développement qu'au territoire métropolitain", indique le CNS dans son troisième rapport sur ce département français.
"Les moyens mis en oeuvre ne sont absolument pas à la hauteur de cette réalité", dénonce Willy Rozenbaum, président du CNS.
Ce sont "des réponses de type métropolitain", inadaptées en milieu tropical, renchérit François Bourdillon, médecin de santé publique. Malgré l'investissement des équipes soignantes et des associations, souligne-t-il, 40% des cas sont dépistés très tardivement. De plus 50% des cas dépistés sont ensuite "perdus de vue".
Le VIH/sida fait l'objet d'une "énorme dénégation" et les malades d'une "stigmatisation très importante", relève le Pr Rozenbaum.
Pour le CNS, les stratégies de prévention doivent tenir compte du contexte particulier de ce département "écrasé de problèmes différents", confronté à la fois à une très grande précarité, une importante immigration clandestine et une multiplicité des acteurs de décision.
Face à "un problème politique autant que sanitaire", le CNS réclame un rôle de coordination de l'Etat, quitte à tordre le bras aux principes de décentralisation. "Il est indispensable qu'il y ait un pilote dans l'avion", résume le Pr Rozenbaum.
Pour le CNS, les stratégies de lutte doivent être menées en coopération avec les pays de la région, et s'inspirer de ce qui y est réalisé. Concrètement, il recommande "d'aller au plus près des populations" et de recourir aux tests rapides de dépistage.
Crée en 1989, le CNS a pour mission de donner son avis sur l'ensemble des problèmes posés à la société par le sida et de faire des propositions au gouvernement.
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