
OUIDAH (Bénin), 5 déc 2007 (AFP) - Face au temple vaudou des pythons sacrés de Ouidah (sud du Bénin), le docteur "Esprit", médecin traditionnel et patron de la clinique "La Lumière", affirme guérir ses malades de tout, "même du sida".
De son vrai nom Luc Yehouenongan Ahidazana, 52 ans, qui porte toque et boubou, se présente comme docteur, tradi-thérapeute et... médium.
Il affirme avoir commencé à 8 ans à apprendre à soigner par les plantes et aussi qu'il a toutes les autorisations du ministère de la Santé, qui dispose lui-même d'un département de médecine traditionnelle.
"Je connais les plantes et leur pouvoir, je peux tout soigner", dit-il. Le "docteur" prescrit ainsi, et vend, du "viagra naturel, sans effets secondaires et régulant la fonction sexuelle chez un homme et une femme de plus de 80 ans", du "tonic de vie" (boisson "rajeunissante") et du "savon-anti-douleurs" pour "toutes les maladies".
Interrogé sur son "traitement" pour les patients atteints du VIH-sida, le "docteur Esprit" explique "qu'aucune maladie ne peut résister aux plantes".
"Pour le sida, il y a aussi des mélanges de plantes que je connais, mais, pour qu'ils soient efficaces, il faut arrêter les traitements de médicaments (ARV, anti-rétroviraux)", ajoute-t-il.
Si les ARV sont gratuits depuis 2004 au Bénin, la médecine traditionnelle est en revanche payante, éventuellement en poulets.
"Nous avons beaucoup de problèmes de personnes qui abandonnent les ARV parce qu'un sorcier leur a dit de le faire", accuse Paula Soglo de Suza, une infirmière chargée de la prise en charge des séropositifs à l'hôpital de Ouidah (40 km à l'ouest de Cotonou). Les thérapies ARV sont quand même suivies à 90%, selon elle.
"Les patients, particulièrement en zone rurale, croient au pouvoir du médecin traditionnel qui mélange vaudou et savoir sur les plantes", souligne-t-elle aussi.
"Il est plus facile pour eux de croire qu'on leur a jeté un sort et il est aussi plus pratique de +consulter+ au village que de faire 60 à 80 km pour venir à l'hôpital prendre leurs ARV une fois par mois", explique-t-elle.
Lorsque des patients sont "perdus de vue", en clair qu'ils ne viennent pas prendre leur traitement pendant trois mois d'affilée, un infirmier enfourche sa moto pour aller les relancer. "Parfois, il se retrouve à devoir parlementer avec le sorcier ou la famille qui fait confiance à la médecine traditionnelle", déplore l'infirmière.
"C'est comme dans toutes les professions, il y a des gens sérieux et d'autres pas", argumente Kendorou Avlessi, un autre médecin traditionnel, à Comè (70 km à l'ouest de Cotonou): "moi, quand je vois qu'une maladie, comme le sida, n'est pas à ma portée, je réfère le patient à l'hôpital".
D'autres traditions ont la vie dure et contribuent à propager le VIH-sida, souligne Pierrette, une quadragénaire volontaire de l'ONG locale Grapesab. Elle arpente marchés et villages pour faire de la prévention et de l'information.
"Les gens utilisent par exemple les mêmes lames pour faire des scarifications traditionnelles. Ou encore quand un homme meurt, on ne se pose pas la question de savoir s'il est mort du sida, et on donne son épouse, qui est peut-être séropositive, à son petit frère", dit-elle.
"Il faut que les médecins traditionnels soient responsables et il faut que les gens réagissent, se dépistent et suivent les traitements ARV sans écouter les charlatans", insiste-t-elle.
"Autrefois on disait sida égale mort, maintenant on a dépassé cette équation-là. Or, en suivant les guérisseurs irresponsables, on risque de bousiller sa vie", conclut-elle.
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