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Viol d'un jeune Franco-Suisse: Dubaï veut défendre son image

Agence France-Presse - décembre 17, 2007
Christian Chaise
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DUBAI, 17 déc 2007 (AFP) - Un somptueux dîner de gala en présence de stars de Hollywood au bénéfice de la recherche contre le sida et un procès pour une sordide affaire de viol ont illustré, chacun à sa manière, la volonté de Dubaï de défendre ce que cette ville-émirat a de plus précieux: son image.

Quelque trois millions de dollars ont été recueillis le 1O décembre lors d'une vente aux enchères menée par l'actrice Sharon Stone pour le compte de la Fondation américaine pour la Recherche contre le sida (amfAR).

Cette soirée à Bab Al-Shams, un luxueux complexe touristique en plein désert, avait été organisée par le Festival international du Film de Dubaï (DIFF), dont la quatrième édition s'est achevée dimanche soir.

Le surlendemain, un tribunal de Dubaï condamnait deux Emiratis accusés de l'enlèvement et du viol d'un jeune adolescent franco-suisse en juillet à 15 ans de prison.

Il s'avère que l'un des deux condamnés, un multirécidiviste de 36 ans, est séropositif et que ce fait, connu des autorités depuis plusieurs années, n'a été porté à la connaissance de la famille de la victime que plus de six semaines après le viol.

"Au mieux, c'est un dysfonctionnement, au pire un mensonge", s'indigne la mère de ce jeune homme de 15 ans, Véronique Robert, qui a lancé une campagne pour le boycott de l'émirat.

Dans un télégramme au ministère français des Affaires étrangères auquel l'AFP a eu accès, l'ambassadeur de France auprès des Emirats arabes unis, pays dont Dubaï est l'une des sept composantes, Patrice Paoli, affirmait en septembre que "le tabou dont le sida est l'objet dans ce pays, comme dans d'autres pays de la région, a pesé depuis le début sur les procédures (ignorance, volonté d'occulter un problème qui n'est pas censé exister dans le pays ...)".

Choquée par ce qu'elle estime être la volonté des autorités de masquer la présence du sida afin de protéger l'image de Dubaï, Mme Robert a même contacté l'agent de Sharon Stone pour tenter de dissuader l'actrice de venir.

Interrogé sur l'enquête, le porte-parole des autorités de Dubaï pour cette affaire de viol, Habib Al-Mulla, rejette le terme d'"erreurs", préférant parler de "choses à améliorer".

Dans une interview à l'AFP, il a aussi souligné que l'évènement de Bab Al-Shams "(signifiait) que nous reconnaissons (l'existence) du problème" du sida.

Me Al-Mulla, un avocat, préside au sein du gouvernement de Dubaï le Comité des Affaires Stratégiques, un organisme chargé, explique-t-il, des affaires "qui affectent l'image" de l'émirat.

De fait, son image de ville accueillante, ouverte et tolérante constitue pour Dubaï un atout de nature stratégique: célèbre pour ses réalisations architecturales, dont le seul hôtel sept étoiles du monde et la plus haute du tour du monde, l'émirat est devenu ce que l'on appelle en marketing un "brand", c'est-à-dire un nom reconnaissable instantanément dans le monde entier.

C'est sur cette image que repose la stratégie de développement grâce à laquelle Dubaï est en train de devenir un centre mondial du tourisme et des affaires.

Me Al-Mulla reconnaît que les Emirats, et en particulier Dubaï, ne publient toujours pas de statistiques officielles sur le nombre de personnes atteintes du sida ou porteuses du virus, mais prédit que cela va changer.

"C'est une maladie. Nous devons reconnaître son existence et y faire face", dit-il. Le gala du 10 décembre au profit d'amfAR constituait donc un petit pas dans cette voie.

Il explique l'ambivalence de la situation actuelle par la difficulté à faire évaluer les mentalités dans une société traditionnelle.

"Nous essayons d'accroître la sensibilisation à cette question, mais le pays est né il y a 36 ans", rappelle Me Al-Mulla.

"Vous pouvez bâtir une tour en un an ou deux, mais pour sensibiliser (le public) à propos du cancer du sein ou sida, par exemple, il faut du temps pour que les gens comprennent le problème, l'acceptent et y fassent front", conclut-il.

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