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Une affaire de viol braque les projecteurs sur le tabou du sida aux Emirats

Agence France-Presse - décembre 13, 2007
Ali Khalil
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DUBAI, 13 déc 2007 (AFP) - Le viol à Dubaï d'un jeune Franco-suisse de 15 ans par trois Emiratis, dont l'un était séropositif, a braqué les projecteurs sur la politique des Emirats arabes unis en matière de lutte contre le sida, un sujet encore tabou dans cette société conservatrice.

Un tribunal de Dubaï a condamné mercredi deux des trois accusés à 15 ans de prison chacun pour le viol en juillet de l'adolescent. Le troisième accusé, un mineur, est jugé par un tribunal pour enfants.

Pour la mère de la victime, Véronique Robert, l'un des aspects les graves de l'affaire est qu'elle n'a été informée que plusieurs semaines après le viol de la séropositivité de l'un des agresseurs.

Les Emirats ne fournissent à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) aucune statistique sur le nombre des cas de sida parmi la population adulte du pays.

"Nous n'en avons aucune idée", a affirmé à l'AFP le Dr. Hani Ziady, responsable du programme de l'OMS sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles pour la zone est de la Méditerranée, basé au Caire.

Selon le quotidien local Khaleej Times, le sous-secrétaire à la Santé, le Dr. Abdel Ghaffar Al-Ghafour, vient toutefois d'indiquer que 734 Emiratis étaient séropositifs, soit 35 de plus que fin 2006.

Les étrangers, qui forment quelque 80% des 4,1 millions d'habitants des Emirats, ne peuvent théoriquement pas être porteurs du virus, dans la mesure où ils doivent subir un test sanguin pour pouvoir obtenir un permis de résident et où tout étranger contrôlé séropositif est automatiquement expulsé, a expliqué une source médicale sous couvert de l'anonymat.

Mais les millions de visiteurs qui affluent chaque année aux Emirats ne sont pas tenus de se soumettre à des tests de dépistage et les risques sont encore plus réels à Dubaï, destination touristique de plus en plus prisée.

"Ce que je veux essayer de leur faire comprendre, c'est que leur attitude actuelle (...) peut avoir des effets catastrophiques", a déclaré à l'AFP le professeur français Luc Montagnier, co-découvreur du virus du sida, lors d'une visite la semaine dernière à Dubaï.

"Nous recensons les cas (de séropositivité) et sommes donc en mesure de les suivre et de leur donner des conseils sur les traitements et les méthodes de prévention", a déclaré à l'AFP la directrice du programme national des Emirats pour la lutte contre le sida, le Dr. Nada al-Marzouqi.

Mais les procès des trois Emiratis ont révélé les carences de la politique émiratie en la matière, dans la mesure où les autorités savaient depuis plusieurs années que l'un des suspects était séropositif.

"Il devrait y avoir des centres médicaux pour examiner immédiatement les victimes de viol" afin de les prémunir contre tout risque d'infection, a affirmé la source médicale.

Il s'agit là de l'exigence principale de Mme Robert, qui demande la création d'un centre de traitement pour les mineurs victimes de viol.

Un porte-parole des autorités de Dubaï a indiqué à l'AFP qu'une proposition en ce sens allait être faite au gouvernement de l'émirat.

Le Dr. Marzouqi explique que le programme qu'elle dirige a pour but de "protéger la population contre de nouvelles infections".

Mais débattre d'une telle question, liée aux pratiques sexuelles, n'est pas chose aisée dans une société aussi conservatrice.

"Le problème, c'est que le sida demeure un tabou", estime la même source médicale, qui déplore que "les barrières sociales et religieuses compliquent les choses en matière de sensibilisation, non seulement aux Emirats, mais dans toute la région".

Le risque est particulièrement aigu en ce qui concerne les prostituées. A Dubaï, la ville la plus ouverte du pays, la prostitution a pris une ampleur considérable.

"L'un des principaux dangers" en matière de propagation, "c'est la prostitution sans contrôle" médical, a averti le Dr. Ziady.

Quelque 4.300 prostituées ont été expulsées de Dubaï en 2006, a annoncé la police en mars.

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