
ELANDSDOORN (Afrique du Sud), 29 nov 2007 (AFP) - "Ne sois pas bête, mets un préservatif sur ta quéquette!": inhabituel en Afrique du Sud où le Sida reste tabou, le panneau attire l'oeil sur la route poussiéreuse d'Elandsdoorn, aux confins de la province rurale du Mpumalanga.
Sur ce ton qui tranche avec le côté abscons des rares campagnes officielles, des pancartes, du style "Femmes! Ne laissez pas les hommes vous queue-mander!" (commander, ndlr), parsèment les pistes de ce township surgi de nulle part.
"Je les invente après deux verres de bon vin", avoue rieur le Dr Hugo Tempelman, 47 ans. "Nous invitons les gens à créer d'autres slogans. Nos enfants participent", ajoute sa femme Liesje, 46 ans.
Ce médecin néerlandais a débarqué en Afrique du Sud au début des années 90 comme coopérant dans un hôpital du KwaNdebele, homeland intégré au Mpumalanga après la chute de l'apartheid il y a treize ans.
"Etre un bon docteur ne me suffisait pas", lance-t-il, vilipendant un "mauvais gouvernement en train de provoquer un génocide".
L'Afrique du Sud est le pays le plus touché par le Sida: 5,5 millions des 48 millions d'habitants contaminés, seulement 21% des malades sous traitement. Avec un taux d'infection de 32,1%, le Mpumalanga est, après le Kwazulu-Natal, la province la plus affectée.
En 1994, le Dr Tempelman et sa femme infirmière ouvrent leur propre clinique à Elandsdoorn (environ 200 km au nord-est de Johannesburg), au coeur d'une vallée de 120.000 habitants dépourvue d'infrastructures.
Le centre médical Ndlovu (éléphant, en zoulou), financé surtout par des dons néerlandais, est aujourd'hui à la pointe de la lutte contre le Sida et a réussi la prouesse de ramener le taux de contamination de la mère à l'enfant à 0.
Au fil des ans, la galaxie Ndlovu a essaimé: laboratoire d'analyses, cabinet radiologique, fabrique de couches employant des femmes séropositives, stade de foot pour distraire les jeunes, etc...
Un collaborateur, Tobias Luppe, dit du couple Tempelman que "lui a des milliers d'idées à la minute et elle, elle voit si elles sont réalisables".
Tobias dirige le programme de prévention destiné aux ouvriers agricoles: des éducateurs, tous issus du township, parcourent les exploitations pour informer et dépister gratuitement, jusqu'à 250 km du township.
Ainsi à Green's Greens, ferme commerciale de 450 hectares et 420 salariés, surtout des femmes, dont au moins 33% séropositives.
La gérante, Antoinette Erasmus, s'est battue pour les faire bénéficier d'anti-rétroviraux (ARV) gratuits. Mais les préjugés ont la vie dure: l'hôpital public local confisquant les ARV, elle a dû recourir à une clinique privée qu'elle paye en légumes de la ferme.
"Certaines cèdent à l'influence de la famille et du sangoma (guérisseur) quand elles retournent dans leur campagne (...) parce que la ministre que nous avons a dit à la télé que les ARV étaient mauvais", s'insurge-t-elle, en référence à la ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang.
"Dans les fermes, les ouvriers agricoles sont souvent isolés, sans accès aux journaux, ni à la télévision", dit Selinah Madihlaba, coordinatrice des éducateurs de Ndlovu. "Il y a un manque d'information. Il faut leur parler."
Certaines employées de Green's Greens ont compris le message et le diffusent auprès de leurs compagnes. "J'essaie de les convaincre de se faire tester. Je sers d'exemple: en apprenant que j'étais séropositive en 2000, je pensais mourir. Mais ça va, elles le voient bien", explique Tshidi Phdo, qui travaille à la culture des oignons.
Dans les champs alentours, les panneaux d'Elandsdoorm ont fait des petits, invitant, avec force dessins et jeux de mots, à se protéger. "Ne sois pas débile, mets une capote sur ton outil!"
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