
PARIS, 29 nov 2007 (AFP) - Les progrès dans l'accès aux traitements contre le sida, grâce notamment à la gratuité des antirétroviraux dans plusieurs pays d'Afrique et à la décentralisation des soins vers les campagnes, commencent à faire changer l'image de la maladie sur ce continent durement frappé par la pandémie.
"Quand quelqu'un entend aujourd'hui qu'il est séropositif, ce n'est plus l'image de la mort, nous pouvons mettre ce mot à la bouche", souligne l'anthropologue camerounais Séverin Cécile Abega.
Instaurée depuis le 1er mai au Cameroun grâce à l'aide du Fonds mondial, la gratuité des antirétroviraux (ARV), dont bénéficiaient fin juin 37.000 personnes vivant avec le VIH/sida, a modifié l'image de la "maladie qui suce la graisse", selon la traduction de sida en fulfulde, une des langues africaines parlées au Cameroun.
Dans les hôpitaux de districts, à l'écart des grandes villes, des affiches montrent des patients décharnés avant le traitement qui ont retrouvé leur vigueur en suivant bien leur trithérapie.
"A l'hôpital, depuis que les ARV sont gratuits, ce n'est plus comme avant, les gens parlent entre eux, y compris les femmes enceintes", mais la peur du rejet subsiste, explique une militante associative, Pauline Mounton, qui aide à prendre en charge l'annonce du diagnostic dans un hôpital de Yaoundé.
Le nombre de malades sous trithérapie a plus que triplé en deux ans, passant cet été à 37.000, soit 1/3 des adultes qui en ont besoin d'urgence. Mais le coût des trajets vers l'hôpital ou des examens restent un frein au suivi du traitement, tout comme le recours à des marabouts promettant des "miracles", regrettent des associations de malades.
Le Malawi, qui a lancé en 2004 un programme de distribution gratuite d'ARV, compte actuellement plus de 110.000 adultes et près de 20.000 enfants sous trithérapie. Le gouvernement espère doubler ces chiffres d'ici 2010.
Pour briser le tabou entourant la maladie, le président Bingu wa Mutharika et la ministre de la Santé Marjorie Nagunje ont passé un test de dépistage.
Dans ce pays de 12 millions d'habitants qui ne compte que 150 médecins inscrits dans le secteur public, il a fallu innover pour élargir l'accès aux ARV via 144 centres de distribution dans tout le pays, contre 36 en 2004.
Le manque de médecins dans de nombreux pays d'Afrique oblige à donner davantage de responsabilités à d'autres professionnels de santé.
Au Cameroun, où il n'y a qu'un médecin pour 30.000 habitants en zones rurales, des infirmières assurent une part importante du suivi des malades dans la centaine d'unités "de prise en charge décentralisée", renouvelant elles-mêmes les ordonnances d'ARV, sauf quand un bilan biologique est nécessaire.
Au Botswana, où 17% de la population est infectée par le VIH, le premier programme de distribution d'ARV gratuits en Afrique a été lancé dès 2001. Près de 90.000 personnes en bénéficient, soit 85% des séropositifs en ayant besoin. Seuls 8,5% des patients sous trithérapie depuis 2002 sont décédés, selon l'Agence nationale de coordination sur le Sida (NACA).
"Jusqu'en 2001, les gens tombaient comme des mouches, mais la vie a repris quand les ARV sont arrivés", raconte Francinah Moumakwa-Sinos, une patiente sous trithérapie. Mais des tabous persistent. De crainte d'être stigmatisés, plus de 70% des Botswanais n'ont pas eu recours au dépistage.
Des joueurs de l'équipe nationale de foot, les Zébras, se sont rendus dans les campagnes pour se faire dépister et encourager les hommes à faire de même.
Une distribution gratuite est également assurée dans d'autres pays (Sénégal, Tanzanie, Ethiopie... Zimbabwe où le taux de prévalence de l'infection a chuté). En Afrique du Sud, où la mise ne place a été lente, seulement 21% des malades en ayant besoin d'urgence reçoivent des ARV.
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