
OUIDAH (Bénin), 29 nov 2007 (AFP) - "Il grandit bien, peut-être échappera-t-il au virus". Pensive, Solange observe son petit garçon de six mois babiller sous un kolatier, au milieu d'une assemblée de l'association de personnes vivant avec le VIH à Ouidah (40 km à l'ouest de Cotonou).
L'enfant pleure, tout d'un coup apeuré d'être trop loin de sa mère. Aussitôt elle le serre contre lui. "Il faut qu'il soit en bonne santé, ou j'en mourrai", lâche la jeune femme aux joues creusées.
Solange a 33 ans. Elle a perdu son mari il y a deux ans, sans savoir que le sida l'avait emporté, sans savoir que sa fille aînée de quatre ans et demie était séropositive, sans savoir qu'elle aussi était porteuse du virus.
"J'ai appris tout ça au moment de ma seconde grossesse, lorsque je me suis remariée", explique-t-elle. Aujourd'hui elle est sous anti-rétroviraux.
"Chez nous, en Afrique, un enfant c'est une richesse, j'ai tout fait pour sauver mon fils de la maladie, pour lui donner la vie, pas le virus", dit-elle. Il lui faudra pourtant attendre un an pour avoir une réponse à son angoisse, car les enfants ne sont dépistés qu'à 18 mois.
"La grossesse est un bon moment pour proposer le dépistage", assure Célestine Déguélo, sage-femme au centre de santé de Ouidah, appuyé par Médecins du Monde (MDM).
"La femme doit sauvegarder sa progéniture et peut alors braver la peur de la stigmatisation". Le centre mène de 150 à 200 dépistages par mois avec des test dont les résultats sont disponibles en 15 minutes.
Pendant la grossesse, une femme séropositive est suivie au centre ou envoyée à l'hôpital de zone de Ouidah, couvrant 250.000 habitants. "Une des étapes les plus importantes, c'est d'éviter le risque de contamination pendant l'accouchement", souligne Anne-Marie Sotti, responsable de la maternité de l'hôpital de Ouidah.
Il faut ainsi observer les mesures d'accouchement propre, consistant notamment à maintenir le plus longtemps possible la poche des eaux intacte et à nettoyer les tissus le plus vite possible lorsque le bébé s'engage et qu'il court alors le plus de risques d'infection.
"Nous n'avons pas les moyens ici de pratiquer les césariennes à huit mois (pour éviter le début du travail) qui se font assez systématiquement en Europe dans le cas de femmes séropositives", souligne le directeur de l'hôpital Gratien Aguessy.
Le second moment critique est la période de l'allaitement, explique Mme Déguélo. "Le fait de donner le sein accroît les risques de transmission mais beaucoup de mères n'adoptent pas le lait artificiel par manque de moyens ou pour des raisons culturelles et par crainte d'être stigmatisées", dit-elle.
Dans ce programme de proximité géré par MDM en partenariat avec le programme national de lutte contre le sida sur les zones de Come, à 70 km à l'ouest de Cotonou, et Ouidah, le nouveau-né est placé sous anti-rétroviraux (ARV) pendant trois semaines.
Mais pour les enfants, "les ARV ne sont pas adaptés", insiste Mme Sotti. "Il faut couper les médicaments en quatre, l'enfant recrache on ne sait pas quelle quantité lui redonner".
Après le sevrage, vers 6 mois, l'enfant est suivi sur le plan nutritionnel par un pédiatre. La mère est soignée par ARV en fonction de l'évolution du virus.
Si la voie sexuelle est le mode de contamination le plus important (85%), la transmission mère-enfant représente la seconde voie de contamination (4%), 90% des enfants infectés par le VIH ayant été contaminés par leur mère.
Au Bénin, quelque 6.000 enfants seraient touchés par le VIH-sida.
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