
PORT-AU-PRINCE, 29 nov 2007 (AFP) - La propagation du sida, imputée à un immigré haïtien célibataire par une étude américaine récente, fait l'objet de travaux scientifiques en Haïti où le gouvernement a dénoncé cette semaine une volonté de stigmatiser la population haïtienne.
Dans une étude parue fin octobre, Michael Worobey, un professeur de biologie, a affirmé que "Haïti a été le tremplin pour le virus quand, depuis l'Afrique centrale, il a commencé à se propager à travers le monde". Le virus mortel est probablement arrivé sur les côtes américaines autour de 1969, plus d'une décennie avant l'explosion de l'infection, et pourrait avoir été introduit par un immigré haïtien célibataire, selon cette étude.
Il s'est répandu ensuite au Canada, à l'Europe, à l'Australie et au Japon, toujours selon cette recherche.
"L'étude du professeur Worobey est susceptible de causer des préjudices à la communauté haïtienne par sa nature stigmatisante", ont rétorqué cette semaine les autorités haïtiennes, en annonçant la création d'un groupe de travail pour apporter une réponse scientifique à l'étude américaine.
"Le gouvernement haïtien a formé une +task force+ comprenant des spécialistes haïtiens et étrangers en vue de travailler à l'élaboration d'une argumentation objective et scientifique", précise un communiqué du ministère haïtien de la Santé publié mercredi.
Le comité scientifique haïtien compte une vingtaine de médecins dont des chercheurs d'un Centre de recherche Gheskio qui travaillent en collaboration avec l'université américaine de Cornell spécialisée dans la recherche sur le VIH-sida.
"Nous sommes en train de travailler avec des spécialistes étrangers pour préparer une réponse scientifique à cette étude", a confirmé à l'AFP le ministre de la Santé, Robert Auguste. Il a précisé que son pays avait demandé à une université américaine de Floride de lui fournir des cellules souches pouvant faciliter les recherches.
L'étude de Michael Worobey, professeur à l'Université d'Arizona, publiée dans les Annales de l'académie nationale américaine des sciences (PNAS) datées du 29 octobre, a été très mal accueillie en Haïti et chez les Haïtiens expatriés.
L'affaire a été évoquée au plus haut niveau du gouvernement et a aussi suscité beaucoup de réactions dans les médias, interprétant cette étude comme une nouvelle discrimination contre les Haïtiens.
"En matière de VIH/sida, il y a différentes théories. Le professeur Worobey n'a pas apporté de solution à travers son étude", juge le docteur Amadou Mbaye, directeur du bureau de l'ONUSIDA en Haïti.
Aux Etats-Unis où vit une forte communauté haïtienne, l'étude a été reçue comme "un choc", résume un médecin haïtien vivant à New York. "Au sein de la communauté haïtienne, on considère l'étude comme une attaque contre les Haïtiens", ajoute le docteur Jean Robert Desrouleaux, qui estime que les recherches du biologiste américain sont restées "limitées".
"Quatre universités américaines avec la participation d'un médecin haïtien sont en train de faire une analyse de l'étude de Worobey et devraient publier une réponse dans 6 mois", indique à l'AFP le docteur Georges Casimir, président de l'association des médecins haïtiens de New York.
Haïti, le pays le plus pauvre du continent américain, a une longue histoire d'immigration aux Etats-Unis.
Selon le docteur Worobey, l'hypothèse qu'un immigré (ou des immigrés) haïtien soit à l'origine de l'épidémie est plus crédible que celle d'une propagation due à un adepte du tourisme sexuel rentrant d'Haïti, car ce pays n'est devenu une destination prisée qu'à partir des années 70.
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