
LOME, 30 nov 2007 (AFP) - Debout au milieu d'un groupe de séropositifs, Augustin Dokla est en colère: "nous n'allons pas baisser les bras, nous irons jusqu'au bout de nos actions". Il dénonce avec d'autant plus de vigueur la rupture récente du stock d'antirétroviraux au Togo qu'il doit à ce médicament d'être encore en vie.
Séropositif depuis 1990, Tino, comme l'appellent ses amis, est depuis 6 ans sous antirétroviraux (ARV). "Tous les soirs, je prends rigoureusement mes molécules. Je ne cesse de sensibiliser mes amis qui suivent le traitement", raconte ce Togolais de 36 ans, au siège de son association, le Réseau des personnes vivant avec le Vih/sida (Ras+).
"Nous avons déjà organisé un sit-in devant le Parlement le 21 novembre. Si le stock d'antiretroviraux n'est pas renouvelé dans un bref délai, nous irons à la présidence de la République", prévient-il.
Trois jours plus tard, le 24 novembre il avait réussi à mobiliser plus de 500 séropositifs dans les rues de Lomé pour dénoncer la discrimination dont ils se disent victimes. C'était la première fois que des séropositifs manifestaient publiquement au Togo.
Car dans ce petit pays africain, comme dans beaucoup d'autres, les malades du sida n'osent que très rarement s'afficher de peur d'être rejetés par leurs familles, leurs amis ou leurs collègues de travail.
Au Togo, où le taux de prévalence est estimé à 3,2%, on dénombre plus de 120.000 séropositifs. Environ 6.000 malades du sida sur 18.000 bénéficient de ces ARV.
Depuis qu'il a découvert sa séropositivité, Tino, aujourd'hui le malade le plus connu du pays, se bat avec son réseau et les associations de lutte contre la maladie pour sensibiliser les Togolais sur la pandémie. Il court de plateaux de télévision en studios de radio. Sans se cacher. Il va aussi témoigner dans des conférences régionales et en Europe, en France et en Italie notamment.
"J'ai réussi à vaincre psychologiquement la maladie. C'est pourquoi je ne me cache pas aujourd'hui. Tout le monde m'approche", se réjouit Tino qui affiche son combat jusque sur un tee-shirt barré de l'inscription "halte à la stigmatisation et la discrimination".
Il mène d'ailleurs des campagnes publiques pour dénoncer les "mauvais traitements" infligés aux malades du sida, notamment sur leurs lieux de travail.
Son bureau, tapissé de livres et brochures traitant du sida, ne désemplit pas: responsables d'associations, membres du Ras+, journalistes.
Entre deux rendez-vous, il planche sur de nouveaux projets pour trouver des partenaires étrangers et des subventions pour son Réseau qui, dit-il, regroupe plusieurs milliers de séropositifs et de malades.
"C'est un homme courageux qui nous aide beaucoup. Grâce à son soutien, je suis moralement soulagée. Car j'ai été rejetée par ma belle famille après le décès de mon mari", témoigne Léonie Amouzou, une de ses visiteuse séropositive.
Tino ne se souvient plus exactement de la manière dont il a contracté la maladie. Un voile de tristesse embue soudain discrètement le regard de cet homme encore physiquement solide: "cette fichue maladie m'a empêché de continuer mes études. Je préparais mon brevet d'Etudes du premier cycle (Bepc) quand j'ai fait le test du sida". "Grâce à Dieu, je suis toujours vivant".
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