
WASHINGTON, 22 sept 2007 (AFP) - L'arrêt de l'essai clinique international d'un vaccin expérimental contre le sida du laboratoire américain Merck, qui était considéré comme l'un des plus prometteurs, porte un sérieux coup aux efforts de la médecine pour mettre fin à cette pandémie dévastatrice.
"C'est une grande déception parce que ce vaccin s'était montré très prometteur tout au long de son développement", a déclaré samedi à l'AFP le Dr Glenda Gray, qui supervisait l'essai en Afrique du Sud, où vivent 5,5 millions de personnes séropositives. "Il avait suscité des réponses immunitaires merveilleuses, mais ces réponses ne se sont pas traduites en une protection contre une infection par le virus HIV", a ajouté le Dr Gray.
Depuis février, le prototype était testé sur 700 personnes non contaminées dans cinq hôpitaux sud-africains, ce qui en faisait le premier essai de cet ampleur jamais mené en Afrique. Parallèlement, des essais étaient conduits depuis 2004 aux Etats-Unis, en Australie, au Pérou, au Brésil et à Porto Rico.
L'Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) qui cofinançait ce vaste essai clinique avec Merck, a annoncé vendredi la décision d'un comité indépendant d'y mettre fin. Cette décision s'appuyait sur des analyses de données intermédiaires montrant que le vaccin n'empêchait pas l'infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), responsable du sida, ou ne diminuait pas la charge virale.
Contrairement aux vaccins traditionnels déjà testés sans succès contre le virus du sida, qui consistaient à doper l'immunité de l'organisme, celui de Merck visait à stimuler les lymphocytes T, une composante du système immunitaire.
"Ce vaccin était vu comme la stratégie la plus prometteuse et je pense que cet échec est une déception pour nous et pour tous ceux travaillant sur des vaccins", a déclaré le Dr Mark Feinberg, directeur général de Merck, cité par le New York Times.
Tout en jugeant "les résultats de ce test décevants", le Dr Anthony Fauci, directeur du NIAID, a estimé qu'il était trop tôt pour jeter au feu cette nouvelle classe de vaccins antisida.
Mais cet échec conforte l'idée selon laquelle le virus du sida est différent de tous les autres pathogènes contre lesquels la médecine a pu développer des vaccins.
"Pour nous, c'est accablant, mais nous devons continuer à avancer", a souligné Glenda Gray, qui dirige également l'unité de recherche sur le sida à l'hôpital Chris Hani de Soweto, au sud-ouest de Johannesburg. Elle a souligné que le prototype était inoffensif et n'aurait aucune conséquence pour la santé des personnes impliquées dans l'essai.
"Cette nouvelle est triste et très décevante", a renchéri Zachie Achmat, président de la principale association d'aide aux malades du Sida, la Treatment Action Campaign (TAC). "Mais en même temps, cela montre que les essais cliniques sont bien contrôlés et qu'on peut les arrêter s'ils ne mènent à rien", a-t-il ajouté.
Actuellement deux autres essais de vaccins à plus petite échelle ont lieu en Afrique du Sud, l'un des pays les plus affecté par la pandémie avec un taux de prévalence de 18,4% en 2006.
La quête acharnée pour trouver un vaccin a donné lieu à une soixantaine d'essais cliniques au cours des dernières années dans le monde pour tester quelque 30 candidats dont un grand nombre sont encore en cours.
Depuis l'identification du virus VIH en 1981, le nombre de porteurs du pathogène ne cesse d'augmenter avec près de 40 millions de personnes infectées dans le monde, dont plus de quatre millions de nouvelles infections chaque année, à 90% dans les pays en développement.
En 25 ans, le sida a fait plus de 25 millions de morts dont la majorité en Afrique sub-saharienne.
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