
TRIPOLI, 20 juin 2007 (AFP) - Le procureur de la cour suprême de Libye a requis mercredi la confirmation de la peine de mort à l'encontre de cinq infirmières et d'un médecin bulgares condamnés pour contamination d'enfants par le sida, et qui avaient fait appel.
La cour doit rendre son verdict le 11 juillet.
"Je demande la confirmation de la peine extrême" à l'encontre des cinq infirmières et du médecin d'origine palestinienne, qui vient d'obtenir la nationalité bulgare, a affirmé le procureur devant la cour, selon des correspondants de l'AFP.
"Les preuves ont été établies et montrent clairement l'implication des accusés dans l'inoculation délibérée du virus du sida aux enfants", a-t-il lancé, avant que le président Fathi Dahane n'annonce la mise en délibéré du verdict au 11 juillet.
Mais un responsable de la Fondation Kadhafi, très impliquée dans les négociations entre l'Union européenne et les familles des victimes, a affirmé mercredi à l'AFP qu'un règlement de l'affaire serait annoncé vendredi.
"Un communiqué sur un compromis entre les familles des enfants victimes du virus du sida et l'Union européenne sera publié vendredi", a affirmé ce responsable qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat.
Par ailleurs, le porte-parole des familles des enfants, Idriss Lagha, a affirmé à l'AFP qu'un accord avec l'Union européenne interviendra "dans moins d'une semaine sur le montant des compensations qui seront versées aux familles".
En cas de compromis financier, une confirmation de la condamnation à mort n'aurait aucune valeur, selon Idriss Lagha. Elle serait alors commuée en peine de prison par le conseil supérieur des instances judiciaires, la plus haute instance judiciaire, selon des sources libyennes.
Les condamnés pourraient alors purger leur peine dans leur pays d'origine, la Libye et la Bulgarie étant liées par un accord d'extradition.
Emprisonnés depuis huit ans, les infirmières et le médecin n'étaient pas présents à l'audience, ouverte vers 10H00 (08H00 GMT).
Il s'agissait du dernier recours pour les six Bulgares accusés d'avoir délibérément inoculé le virus du sida à 438 enfants de Benghazi (1.000 km à l'est de Tripoli), dont 56 sont décédés. Ils s'affirment innocents et sont appuyés par les témoignages d'experts internationaux, dont le codécouvreur du virus du sida Luc Montagnier.
Cependant leur sort est surtout tributaire des tractations euro-libyennes en cours en vue du paiement de compensations financières aux familles des enfants contaminés. Le procès a eu lieu à la veille d'un sommet de l'Union européenne, dont des émissaires sont venus récemment en Libye.
Cette affaire a suscité une mobilisation internationale, le président américain George W. Bush en personne appelant à la libération des condamnés, et a tendu les relations de Tripoli avec l'UE.
A l'audience, comme le procureur, les avocats des parties civiles avaient réclamé la confirmation de la peine de mort.
L'avocat du médecin, Me Touhani Toumi, a demandé l'annulation du verdict et indiqué que les "aveux" de son client avaient été extorqués sous la torture.
Il a été relayé par l'avocat libyen des infirmières, Me Othman Bizanti, qui a également demandé l'"acquittement". A défaut, il a demandé à la cour "de commuer la peine de mort en peine de prison pour négligence" et "d'examiner la possibilité de verser une +diya+ (prix du sang) aux familles, conformément à la loi libyenne et à la loi islamique".
La peine capitale avait été prononcée en première instance en 2004, puis confirmée fin 2006.
Les infirmières Kristiana Valtcheva, Nassia Nenova, Valia Tcherveniachka, Valentina Siropoulo et Snejana Dimitrova étaient arrivées en Libye dans les années 1990, après la fin du communisme, espérant mieux y gagner leur vie qu'en Bulgarie. Quant au médecin Achraf Joumaa Hajouj, il effectuait un stage dans un hôpital libyen au moment de son arrestation.
Devant le tribunal, entouré d'un imposant dispositif de sécurité, une dizaine de membres de familles de victimes ont manifesté, en montrant des photos des enfants contaminés ou morts.
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