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Génériques: Bangkok continue de défier les géants pharmaceutiques

Agence France-Presse - mars 18, 2007
Shino Yuasa
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BANGKOK, 18 mars 2007 (AFP) - Le ministre de la Santé en Thaïlande a menacé d'étendre le recours aux génériques pour inclure de nouveaux médicaments contre le cancer et le sida si les grands groupes pharmaceutiques ne réduisaient pas volontairement leurs prix.

Dans un entretien accordé à l'AFP, le ministre Mongkol Na Songkhla a invoqué "les pauvres" pour expliquer la décision d'ignorer les brevets de certaines compagnies qui pratiquent des prix élevés, le tout sur fond de poursuite d'une épreuve de force entre des géants étrangers et le gouvernement intérimaire issu du putsch de septembre à Bangkok.

"Je continuerai à négocier avec les compagnies pharmaceutiques" pour réduire les prix de médicaments contre le sida, le cancer et des maladies cardiaques, a dit ce médecin de formation âgé de 65 ans, qui, avant d'être ministre, avait traité en qualité de haut fonctionnaire avec des fabricants américains et européens.

"Si les négociations échouent, nous sommes prêts à agir", a ajouté M. Mongkol en déplorant qu'en deux ans, les compagnies pharmaceutiques ne se soient "jamais vraiment intéressées aux discussions".

"Nous sommes arrivés à un point où nous devons faire quelque chose. Nous ne pouvons pas attendre et discuter avec elles sans aucun résultat".

Bien sûr, si elles "réduisent volontairement leurs prix pour permettre aux pauvres un accès à des médicaments essentiels, alors il ne sera pas nécessaire" de recourir aux génériques.

Depuis que M. Mongkol a été nommé ministre, à la suite du coup d'Etat militaire contre le gouvernement de Thaksin Shinawatra, la Thaïlande a décidé d'ignorer les brevets de deux traitements antisida (Efavirenz, fabriqué par Merck, et Kaletra, fabriqué par Abbott) et de l'anticoagulant Plavix (fabriqué par Sanofi-Aventis et Bristol-Myers Squibb).

Conformément aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), des pays sont autorisés à suspendre des brevets et à recourir aux génériques, mais des responsables occidentaux soulignent que cette clause ne s'applique qu'aux situations d'urgence menaçant la santé publique.

A un moment où d'autres pays en développement comme l'Inde se sont lancés dans la fabrication et la vente de génériques, les grands groupes pharmaceutiques sont engagés dans des batailles, y compris juridiques, pour défendre la propriété intellectuelle de leurs médicaments qui, disent-ils, coûtent cher en raison des recherches qu'ils impliquent.

L'industrie pharmaceutique a très mal réagi aux annonces thaïlandaises qui ont reçu le soutien d'organisation humanitaires, telles que Médecins sans frontières (MSF), qui a considéré qu'elles étaient conformes à la loi thaïlandaise et aux directives de l'OMC.

La semaine dernière, Abbott Laboratories, qui fabrique Kaletra, a annoncé sa décision d'arrêter la vente de nouveaux médicaments en Thaïlande, y compris une nouvelle version de Kaletra, et Sanofi-Aventis, tout en soulignant son désir d'étudier "les priorités de santé du pays" et d'éventuels "partenariats", n'a pas exclu d'utiliser "l'arme juridique".

"C'est sans précédent en Thaïlande. Si le gouvernement décide d'autoriser de nouveaux génériques, cela nuira encore plus à l'image de la Thaïlande (qui souffre déjà du coup d'Etat) parmi les investisseurs internationaux", a commenté Teera Chakajnardom, président de la Pharmaceutical Research and Manufacturer's Association (Prema).

Quelque 500.000 Thaïlandais sont contaminés par le VIH, mais moins de 10% peuvent se permettre d'acheter Kaletra, a dit M. Mongkol. De même, moins de 10% des quelque 300.000 malades cardiaques en Thaïlande sont selon lui en mesure d'acheter l'anticoagulant Plavix.

M. Mongkol a ajouté que le gouvernement avait opté pour un recours aux génériques en raison de l'explosion du budget national de la santé (7 milliards de dollars avec une augmentation de 10% par an).

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