
PARIS, 17 nov 2006 (AFP) - Ses parents et ses amis ne savent pas qu'Ariane, mère radieuse de 28 ans, est séropositive depuis l'âge de 20 ans. Ils ne savent rien non plus des précautions qu'elle a prises, avec succès, pour éviter de transmettre le virus du sida à son compagnon, séronégatif, et à leur bébé.
De tout cela, Ariane (prénom d'emprunt) ne parle qu'à son amoureux et, depuis peu, aux membres de l'association "Comité des familles pour survivre au sida" (papamamanbebe.net).
Car "les gens ne sont pas du tout prêts à accepter des parents séropositifs", assure-t-elle à l'AFP.
"Les traitements nous permettent de mettre au monde des enfants qui vont très bien, comme mon bébé de neuf mois. Et nous aussi, on va bien", souligne-t-elle pourtant.
"Chaque soir, je prends quatre comprimés, voilà, c'est tout. Mais ça ne se voit vraiment pas que je suis séropositive: je fais du sport, je travaille, j'ai une vie sociale normale, je suis vivante!"
Ariane avait 20 ans quand elle a appris que son "premier amour", dont elle s'était séparée "pour X raisons", l'avait contaminée, elle qui "ne se sentait pas du tout concernée par le sida" ("je n'avais pas de partenaires multiples, je ne m'étais jamais droguée, je faisais confiance à mon compagnon qui disait n'avoir pris aucun risque...").
"Tout de suite, je me suis dit: +je ne pourrai jamais être maman+, se souvient-elle. J'étais depuis deux mois avec un nouveau compagnon. J'ai essayé de le quitter. Je ne voulais même plus vivre. Mais quand je lui ai tout raconté, on a décidé de se battre ensemble".
"Au bout de plusieurs années, on s'est renseignés pour faire un bébé. J'ai d'abord tenté la fécondation in vitro, dans un centre d'assistance médicale à la procréation agréé pour accueillir des patients VIH. Cela n'a pas marché".
"Puis un médecin nous a recommandé l'auto-insémination, à la maison. Il ne nous a pas clairement expliqué comment faire. On a mis un an à concevoir notre enfant. En fait, on doit utiliser une seringue pour prélever du sperme (dans un préservatif sans spermicide) et faire l'insémination au bon moment de l'ovulation".
Enceinte, Ariane a connu "une énorme anxiété".
Elle savait que "le risque zéro n'existe pas pour la transmission du virus mère-enfant, mais qu'il est infime quand la mère est sous traitement et bien suivie".
En revanche, elle avait de "grandes craintes" concernant la toxicité du traitement courant, l'AZT, car "certains enfants ont des troubles du comportement qui pourraient être liés à la prise de ce médicament pendant la grossesse".
La jeune femme a "exigé de ne pas prendre d'AZT, mais deux antiprotéases", tout en sachant que la toxicité et les effets secondaires des nouveaux médicaments sont encore mal connus.
"Etant en bonne santé, j'ai pu commencer le traitement le plus tard possible, au 6e mois. Et comme j'étais obligée d'être sous perfusion d'AZT le temps de l'accouchement, j'ai choisi la césarienne, pour que ça soit rapide".
Puis la maman a demandé que son nouveau-né "n'ait que trois semaines de traitement AZT au lieu de six".
"Bientôt", Ariane et son compagnon comptent faire un autre enfant. Mais elle continuera de "cacher" sa séropositivité, par "peur d'être rejetée au boulot et d'attrister ou d'inquiéter" ses proches.
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