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Buthelezi, leader zoulou: l'Afrique doit être plus "directe" sur le sida

Agence France-Presse - novembre 29, 2006
Jérôme Cartillier

DURBAN (Afrique du Sud), 29 nov 2006 (AFP) - Le leader zoulou Mangosutho Buthelezi, qui a perdu deux enfants du sida, estime que les Africains et leurs dirigeants doivent parler de manière plus "directe" et franche de la pandémie, qui a fait plus de deux millions de morts cette année sur le continent.

"Nous n'avons pas d'alternative. Si nous voulons survivre, si nous voulons dépasser cette pandémie, nous devons être directs, ouverts, y compris sur la sexualité", explique le vétéran de la politique sud-africaine dans un entretien à l'AFP.

Buthelezi, 78 ans, est l'une des rares personnalités politiques sud-africaines - et africaines - a avoir annoncé publiquement le décès de ses proches emportés par le sida.

En 2004, à quelques mois d'intervalle, le leader l'Inkatha Freedom Party (IFP) a perdu son fils, Nelisuzulu, 53 ans, et sa fille, Mandisi, 48 ans. A chaque fois, il a annoncé sans détours les raisons de leur décès.

"Je devais le faire, c'était indispensable. Lorsqu'ils sont morts, je ne pouvais mentir au monde et dire qu'ils étaient morts d'une grippe ou d'une pneumonie", explique-t-il.

Avec près de 25 millions de personnes contaminées, l'Afrique subsaharienne concentre près des deux tiers des personnes vivant avec le VIH/sida dans le monde, selon l'Onusida.

Si le bilan de la carrière politique de Buthelezi qui fut, sous l'apartheid, leader de la province semi-autonome du KwaZulu, est loin de faire l'unanimité, sa pugnacité contre le sida suscite l'admiration dans un pays où nombre de dirigeants optent pour le silence, voire la négation.

Buthelezi, qui a été ministre pendant dix ans (1994-2004) dans un gouvernement dirigé par l'ANC, estime que son pays, l'un des plus touchés au monde, "n'a pas de quoi être fier" de sa réaction face à la pandémie et dénonce ouvertement depuis plusieurs années les atermoiements de Pretoria.

Il dit avoir eu "honte" lorsque Stephen Lewis, envoyé spécial de l'ONU sur le sida, a dénoncé, en août à Toronto, devant un parterre de spécialistes, un gouvernement "obtus, dilatoire et négligent" dans la mise à disposition des traitements d'anti-rétroviraux.

"Certains négationnistes ont été invités dans ce pays, ils se sont vu offrir une plate-forme au niveau national. Ces messages confus sont, je pense, en partie, à l'origine de cette situation", explique-t-il, dénonçant les propos très ambigus de la ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, mais évitant toute critique frontale du chef de l'Etat Thabo Mbeki.

"Plus de 5 millions de personnes sont infectées dans ce pays et les gens meurent tous les jours. C'est une menace très sérieuse", souligne-t-il, plaidant pour une approche "multistratégique", qui ne se limite pas à la promotion de l'utilisation des préservatifs.

En janvier 2005, l'ancien président sud-africain Nelson Mandela annonçait que son dernier fils encore en vie était mort du sida, appelant avec force à parler "ouvertement" de cette "maladie normale".

"Cela a été une étape très importante. Je l'admire beaucoup pour cela", explique Buthelezi, qui estime être "en phase" sur ce sujet avec le Prix Nobel de la Paix avec qui il a, par le passé, entretenu des relations politiques tumultueuses.

"Pour notre survie en tant que Nation, plus de voix doivent se faire entendre sur le sida."

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