
GENEVE, 21 nov 2006 (AFP) - Le sida a continué à progresser dans le monde en 2006 mais des signes encourageants apparaissent dans certains pays en ce qui concerne les comportements sexuels des jeunes, selon le rapport annuel de l'Onusida publié mardi.
Le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida) évalue désormais à 39,5 millions le nombre de personnes vivant avec le virus du sida, soit 2,6 millions de plus qu'en 2004.
"Le rapport de cette année est pour nous un réél sujet d'inquiétude puisqu'il montre que l'épidémie progresse partout", a déclaré le directeur exécutif d'ONUSIDA Peter Piot lors d'une conférence de presse.
Chaque jour, 11.000 personnes sont contaminées par le virus, soit un total de 4,3 millions pour l'année, c'est-à-dire 400.000 de plus qu'il y a deux ans, selon l'Onusida, qui publie son rapport en prévision de la Journée mondiale du sida le 1er décembre.
Les jeunes (15-24 ans) ont représenté 40% des nouvelles infections.
Le sida, identifié pour la première fois en 1981, a tué 2,9 millions de personnes cette année contre 2,7 millions en 2004.
L'épidémie progresse surtout dans deux régions du monde: l'ancien bloc soviétique et l'Asie du Sud et du Sud-Est.
Mais le rapport montre également que l'épidémie rebondit dans des régions où ont pourtant été mises en oeuvre des mesures de prévention et de traitement.
"Ce qui me préoccupe peut-être le plus c'est que certains pays qui ont eu tout d'abord des résultats concrets dans la lutte contre le sida, comme l'Ouganda et les pays occidentaux, nous observons une reprise des taux d'infection", a déclaré M. Piot.
"Cela doit vraiment nous faire réfléchir sur la manière d'apporter une réponse sur le long terme à l'épidémie de sida", a-t-il ajouté.
Pour le directeur exécutif d'Onusida, "il est clair que l'introduction du traitement (anti-rétroviral qui permet de prolonger la vie des patients - ndlr) dans les pays occidentaux a mené à une baisse de vigilance" sur les conduites sexuelles à risque.
Dans la région "Europe orientale et Asie centrale", où l'épidémie se propage principalement via l'injection de drogue, 270.000 personnes ont été contaminées cette année, soit 70% de plus qu'en 2004, selon les estimations de l'Onusida.
En Asie du Sud et du Sud-Est, où la prostitution est le principal vecteur de la maladie, l'augmentation atteint 15% et le sida a contaminé au total 860.000 personnes cette année.
Les contaminations ont progressé de 12% en Afrique du Nord et Moyen-Orient et de 7% en Afrique sub-saharienne mais sont restées relativement stables dans le reste du monde.
Malgré l'avancée de la maladie, l'organe onusien constate que "depuis 2000-2001, la prévalence du VIH parmi les jeunes a décliné dans huit des 11 pays disposant de données suffisantes", principalement au Kenya, dans les villes de Côte d'Ivoire, du Malawi et du Zimbabwe et dans les campagnes du Botswana.
"Dans la plupart des pays ayant procédé à plusieurs enquêtes, on observe certaines tendances positives en matière de comportement sexuel parmi les jeunes", selon le rapport.
La proportion de jeunes ayant des rapports sexuels avec des partenaires non réguliers a baissé ainsi en Haïti, au Kenya, au Malawi et en Zambie. L'utilisation du préservatif semble en hausse en Afrique du Sud, en Ouganda, en Tanzanie, au Malawi et au Kenya.
"L'évolution future de l'épidémie mondiale dépend dans une large mesure des comportements que les jeunes adopteront", a souligné M. Piot.
L'Afrique noire reste de loin la région la plus touchée par le virus, avec 63% des personnes infectées dans le monde et 72% des décès.
Au total, 5,9% des adultes (15-49 ans) vivent avec le virus en Afrique subsaharienne, soit un petit peu moins qu'en 2004 (6%). La moyenne mondiale reste fixée à 1%, avec des pourcentages allant de 0,1% en Asie de l'Est, 0,2% en Afrique du Nord et Moyen-Orient et 0,3% en Europe occidentale et centrale à 0,5% en Amérique latine, 0,6% en Asie du Sud et du Sud-Est, 0,8% en Amérique du Nord et 0,9% en Europe orientale et Asie centrale.
Les nouvelles infections restent surtout concentrées sur les mêmes couches de la population: toxicomanes, homosexuels masculins, prostitué(e)s et leurs clients, ce qui rappelle qu'il est "nécessaire de cibler les stratégies de prévention de traitement et de prise en charge sur les groupes de la population les plus exposés", souligne le rapport.
L'accès aux traitements s'est considérablement accru ces dernières années, se félicite l'Onusida, qui calcule que 2 millions d'années de vie ont été épargnées depuis 2002 dans les pays pauvres grâce à la fourniture de médicaments anti-rétroviraux.
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