
PARIS, 2 oct 2006 (AFP) - Des chercheurs de l'institut Pasteur ont réussi à visualiser pour la première fois le voyage du virus du sida (VIH) jusqu'au coeur de la cellule infectée, ouvrant la voie à des traitements qui lui en interdiraient l'accès.
Tous les rétrovirus doivent s'intégrer au matériel génétique d'une cellule pour en utiliser les mécanismes de réplication, la plupart du temps en pénétrant dans le noyau au moment de sa division.
Le VIH, membre de la classe de rétrovirus dite lentivirus, est, lui, capable de s'introduire dans des cellules non divisées et de se poster dans leur noyau, en suivant un chemin jusqu'à présent inconnu. C'est ce voyage au sein de la cellule qu'ont visualisé les membres de l'équipe de Pierre Charneau, et qu'ils décrivent dans la livraison d'octobre de la revue scientifique Nature Methods.
Les chercheurs ont marqué par fluorescence l'intégrase, une protéine qui accompagne le génome viral jusqu'à son intégration dans un chromosome, dans le noyau des cellules humaines. Grâce à des techniques de vidéo-microscopie, ils ont pu suivre le cheminement du matériel génétique viral au sein de la cellule.
Ils ont parallèlement mis au point un logiciel sophistiqué, capable d'analyser avec une grande précision les mouvements des particules virales, en recréant leur parcours en 3D et en temps réel.
Pierre Charneau et son équipe ont pu ainsi déterminer que le génome viral utilise pour progresser au travers du cytoplasme différents éléments du squelette de la cellule, filaments de protéines qui le mènent progressivement vers le noyau.
Il emprunte d'abord des fibres dites microtubules, jusqu'à arriver à proximité du noyau où d'autres ligaments, des actines, prennent le relais. Le VIH s'arrime ensuite à la paroi nucléaire, où il change de forme afin de pénétrer dans le noyau par les pores.
Une fois entré, il se diffuse et les chercheurs perdent la trace de leur marqueur fluorescent.
"En identifiant ces modes de transport du virus, l'équipe a fait un grand pas vers le développement d'outils capables de disséquer dans ses moindres détails l'infection par le VIH", estime un microbiologiste de l'Université de Cleveland, Ohio (USA), David McDonald, dans un commentaire publié avec l'article scientifique.
Ces techniques permettront selon lui "vraisemblablement d'identifier des moyens de bloquer l'infection par le virus du sida, mais aussi d'utiliser les lentivirus comme vecteurs dans les thérapies géniques".
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