
PARIS, 26 oct 2006 (AFP) - Les éléments à charge contre les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien rejugés en Libye pour avoir inoculé le virus du sida à des enfants libyens n'ont aucun fondement, estime jeudi la prestigieuse revue scientifique britannique Nature.
La publication s'est procurée une copie d'un document datant de 2003, rédigé par cinq médecins libyens et qui constitue la pierre angulaire de l'accusation. Traduit de l'arabe à l'anglais, le document a été soumis à cinq experts, spécialistes du sida.
"Je ne vois aucune preuve dans ce document. Il est impossible d'établir une relation de cause à effet, même en prenant les standards les plus bas de l'épidémiologie", estime la virologue Janine Jagger (université de Virginie à Charlottesville).
Selon un autre virologue, Robin Weiss (University college, Londres), spécialiste du sida, "il n'existe aucun élément laissant penser qu'il aurait pu y avoir infection délibérée". "Il existe en revanche de fortes présomptions d'infection transmise à l'intérieur de l'hôpital, avant l'arrivée et après le départ" de ces soignants étrangers, ajoute-t-il.
Les scientifiques consultés par Nature condamnent d'autre part le fait qu'un rapport d'expertise rédigé par le professeur français Luc Montagnier, co-découvreur du virus du sida, et un chercheur italien spécialiste du VIH, Vittorio Colizzi (université Tor Vergata, Rome) ait été écarté par la justice libyenne.
Ce rapport avait conclu que l'apparition du virus remontait à 1997, avant l'arrivée en Libye des six soignants étrangers, et avait été causée accidentellement par la réutilisation de seringues non-stérilisées à l'hôpial de Benghazi (nord-est).
Les infirmières bulgares et le médecin palestinien, incarcérés depuis 1999, sont accusés d'avoir inoculé le virus du sida à 426 enfants libyens, dont 51 sont décédés, à l'hôpital de Benghazi.
Les accusés ont été condamnés à mort en mai 2004 mais la Cour suprême libyenne a ordonné un nouveau procès qui a débuté en mai. Interrompu durant le ramadan, le procès doit reprendre le 31 octobre.
Une autre prestigieuse revue scientifique, Science, a pris la défense des infirmières et du médecin, en publiant cette semaine l'appel d'un groupe de 38 médecins américains, canadiens et européens à leur libération.
"Inculper un petit groupe de personnes d'un crime aussi odieux que d'infecter délibérément plus de 400 enfants exige d'apporter des preuves irréfutables", écrivent, dans une lettre publiée dans la revue américaine, ces scientifiques, dont le Pr Robert Gallo, co-découvreur du virus.
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