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Sida: "Dr Betterave", ministre sud-africaine de la Santé, dans la tourmente

Agence France-Presse - août 26, 2006
Jérôme Cartillier
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JOHANNESBURG, 26 août 2006 (AFP) - La ministre sud-africaine de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, surnommée Dr Betterave pour ses propos ambigus sur le rôle de la nutrition dans la lutte contre le sida, est dans la tourmente, alors que les voix réclamant sa démission se multiplient, chez elle et à l'étranger.

Les déclarations de l'envoyé spécial de l'Onu pour le sida en Afrique, Stephen Lewis, qui a dénoncé à la clôture de la conférence sur la pandémie à Toronto, un gouvernement "obtus, dilatoire et négligent" dans la distribution d'antirétroviraux (ARV), ont eu un écho retentissant en Afrique du Sud.

"La ministre a continuellement démontré qu'elle n'avait aucune confiance dans les ARV. Elle continue à faire comme si sa méthode - de l'aïl, du citron et de la betterave - pouvait se substituer aux ARV, en dépit de toute preuve scientifique", explique à l'AFP Patricia de Lille, leader des Démocrates indépendants (ID, opposition), qui a réclamé sa démission cette semaine.

"Il existe un consensus pour dire qu'il est temps que (le président) Thabo Mbeki intervienne et la remplace", ajoute-t-elle, rappelant que 5,5 millions de personnes sont touchées par la pandémie en Afrique du Sud.

Jeudi, alors que l'organisation Treatment action campaign (TAC) lançait une campagne de désobéissance civile, six partis d'opposition signaient une pétition pour réclamer le départ de "Manto", estimant que "ses idées contre-productives sur le VIH-sida" avaient entraîné "des décès inutiles".

Le ministère de la Santé a rejeté "avec mépris" les propos de M. Lewis et dénoncé "le niveau d'ignorance" de Mme de Lille.

Vendredi soir, la ministre a catégoriquement exclu toute démission. "Je n'y ai jamais pensé. Je vais vous dire pourquoi: je ne me nomme pas moi-même, je suis nommée par le président", a-t-elle expliqué, pour mieux souligner qu'elle bénéficiait de l'entière confiance de Mbeki.

Le gouvernement affirme que 175.000 personnes bénéficient désormais de son programme de distribution gratuite d'ARV, lancé début 2004 après de longues années de tergiversations.

Selon TAC, plus de 700.000 personnes en ont besoin, dans un pays où 800 personnes meurent chaque jour des suites du sida.

Sur le terrain, nombre d'ONG déplorent que l'Afrique du Sud, première puissance économique du continent, ne montre pas la voie dans ce domaine.

"Ce programme de distribution d'ARV est géré de façon passive", regrette Eric Goemaere, responsable de Médecins sans Frontières en Afrique du Sud, qui a lancé, en 1999, un programme pilote de distribution d'ARV dans l'immense township de Khayelitsha, près du Cap.

"On est dans des eaux troubles où les techniciens essayent de calmer le jeu et les politiques continuent cette allégeance absolument surréaliste à une ministre surréaliste", explique-t-il à l'AFP, estimant que Mme Tshabalala-Msimang a fait "beaucoup de dégâts".

"J'espere la voir partir mais je ne pense pas que Thabo Mbeki va la lâcher maintenant", ajoute-t-il, appelant de ses voeux "un vaste mouvement" de mobilisation qui vienne "aussi de la communauté médicale".

De fait, les atermoiements de la ministre renvoient à ceux de Mbeki, qui a, un temps, mis en cause le lien entre VIH et sida, avant de se murer, depuis plusieurs années, dans un lourd silence sur le sujet.

Le chef de l'Etat sud-africain n'a pas réagi, ni aux vives critiques de l'envoyé spécial de l'Onu, ni aux appels à la démission de sa ministre de la Santé. Jeudi, le gouvernement a maintenu que sa méthode était la bonne, s'engageant à trouver "une meilleure manière de communiquer".

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