
TORONTO (Canada), 18 août 2006 (AFP) - La 16e conférence mondiale sur le sida à Toronto a appelé cette semaine à accentuer de toute urgence les programmes de prévention partout dans le monde, les progrès dans l'accès aux traitements restant à eux seuls insuffisants pour combattre l'épidémie.
"Nous avons mieux pris conscience que le choix n'est pas entre l'un et l'autre", a souligné vendredi le directeur général par intérim de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Anders Nordström. "Des millions de personnes sont mortes, faute de l'un comme de l'autre". 2,8 millions encore en 2005.
Près de 40 millions de personnes vivent avec le virus du sida dans le monde, dont 95% dans les pays pauvres. Dans ces pays, 1,6 million de malades recevaient un traitement antirétroviral fin juin, soit 24% de ceux en ayant un besoin urgent.
Pour la première fois, le nombre de malades sous traitement en Afrique subsaharienne a dépassé le million, soit un décuplement depuis 2003. Sur l'ensemble des pays "à faible et moyen revenu" l'augmentation est de 24% en six mois. Par rapport à 2003, ce chiffre a quadruplé.
Mais cet effort considérable devra s'accélérer. Selon l'Onusida, quelque 55 milliards de dollars devront être investis d'ici 2008 pour se rapprocher de l'objectif d'une couverture universelle.
Or l'envoyé spécial de l'Onu pour le sida en Afrique Stephen Lewis a accusé les pays riches du G8, vendredi dans son discours de clôture, de "trahir le sud" en ne tenant pas leurs promesses de financement.
"Personne ne demande davantage que ce qui a été promis" lors du sommet du G8 il y a un an en Ecosse. "Mais la trahison pavlovienne du sud par les pays riches a déjà commencé", a regretté M. Lewis sous les acclamations des délégués.
Si la pandémie continue de s'étendre au rythme actuel (4,1 millions de nouvelles contaminations en 2005), a averti le philanthrope américain Bill Gates en ouvrant la conférence, le financement des traitements deviendra intenable "à l'horizon de cinq ou dix ans".
"Nous devons travailler beaucoup plus activement à la prévention" et donner pour ce faire aux femmes "le pouvoir de bloquer le VIH", a affirmé M. Gates. "Peu importe où elle vit, qui elle est ou ce qu'elle fait, une femme ne doit jamais dépendre de la permission de son partenaire pour sauver sa propre vie".
Les femmes sont les principales laissées pour compte de la prévention avec, par ricochet, les enfants. Elles comptent pour près de la moitié des humains infectés par le virus VIH, et même 60% en Afrique australe. Elles représentent les deux tiers des contaminations chez les 15-24 ans.
La féminisation de l'épidémie entraîne avec elle la contamination des enfants. 6% seulement des séropositives ont accès aux prophylaxies antirétrovirales qui empêchent la transmission au moment de l'accouchement.
L'épidémie tue 500.000 enfants par an. Plus de 2,3 millions d'enfants de moins de 15 ans vivent avec le virus du sida, en quasi totalité dans les pays pauvres. Un sur deux n'atteint pas son deuxième anniversaire.
"Le message principal de la conférence, c'est que les femmes en ont assez", estime Stuart Gillespie, chercheur à l'Institut international de recherche en politique alimentaire (IFPRI).
Parmi les grands espoirs des femmes, les gels vaginaux microbicides qui bloqueraient la transmission du virus et leur donneraient la possibilité de réduire le risque sans devoir en référer à leur partenaire sexuel. Mais il va falloir attendre au plus tôt 2009, si les essais cliniques en cours donnent satisfaction.
Autre nécessité brûlante : celle d'un changement rapide de politique vis-à-vis des toxicomanes dans les pays d'Europe de l'est et d'Asie centrale, notamment en Russie et en Chine. Les utilisateurs de drogues injectables constituent 70% des personnes infectées dans ces pays mais ne représentent que 24% des malades qui bénéficient d'un traitement, selon l'Onusida.
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