
TORONTO (Canada), 16 août 2006 (AFP) - Elles ont sorti chansons, sifflets et fouets en cuir, mais le défilé coloré ne masque pas leur colère: les prostituées sont venues demander mercredi à la conférence sur le sida la décriminalisation de leur activité, seul moyen selon elles de lutter contre le virus.
"Droits des travailleuses du sexe: il est temps de passer aux actes", ont-elles chanté poing levé dans les allées du centre de congrès de Toronto.
A côté d'un travesti indien en sari et d'une bangladaise en costume traditionnel, la plupart, souvent en jean, ont revêtu un t-shirt bleu frappé d'une silhouette sexy juste couverte du ruban rouge anti-sida en guise d'étole. "La prostitution est un travail, les prostituées sont des travailleuses", dit une Thaïlandaise, venue demander "sécurité et couverture médicale".
"Le monde a besoin des travailleuses du sexe pour lutter contre le VIH, et nous, nous avons besoin d'une reconnaissance sociale pour lutter contre le VIH", résume Anna-Louise Crago, membre de Stella, première association de prostituées constituée au Québec.
Du Népal au Canada, des Etats-Unis à la Russie, les prostituées dénoncent la violence d'Etat et le harcèlement policier, qui les obligent à se cacher et les coupent de toute structure de prévention et de soutien.
La question est brûlante, car les besoins de prévention sont criants. Selon l'Onusida, dans nombre de pays les infections sont pour une grande partie contractées lors de rapports tarifés. En Chine, on estime que prostitué(e)s et clients représentent 20% des personnes infectées, en Ethiopie 73% des professionnels du sexe seraient contaminés, 50% en Afrique du sud, 31% en Côte d'Ivoire.
Pour autant, la question de la décriminalisation semble peu évoluer au fil des années.
Au Canada, "la situation empire", dit Claire Thiboudot, directrice de Stella. "Le vent tourne à droite, les politiques sont plus axées sur le développement économique, et l'embourgeoisement des centres des villes signifie plus de répression des populations marginalisées".
Selon Stella, la prison des femmes de Montréal est passée de 96 détenues en 1999 à 197 fin juillet, pour une grande part prostituées. Interdites de centre-ville, elles se cachent, deviennent itinérantes ou se replient dans les terrains vagues, devenant ainsi plus vulnérables aux agressions.
"Je crains que d'ici un ou deux ans le taux d'infection remonte", dit Mme Thiboudot, qui a abandonné le métier il y a dix ans.
Toutes regrettent aussi que les Américains n'attribuent des fonds qu'aux associations rejetant la prostitution.
"La société doit accepter les travailleuses du sexe", dit Awa Dambele, de Bamako, expliquant que le prix croissant des préservatifs contraint de plus en plus les prostituées maliennes à s'en passer. "On est conscientes du danger, mais c'est trop cher. Tu dois te nourrir, subvenir à tes besoins", dit cette femme de 28 ans.
D'autres sont en revanche porteuses d'espoir. Comme Gabriella Leite, 55 ans, première retraitée officielle de la prostitution au Brésil, le pays ayant reconnu cette activité en 2002. "Dès 1989, on a travaillé avec le programme de prévention sida, et le taux d'infection a été bloqué. Aujourd'hui, le problème vient des époux infidèles qui n'utilisent pas le préservatif".
Catherine Healy a oeuvré à la décriminalisation en Nouvelle-Zélande, en 2003. "Avant, la police saisissait les préservatifs comme preuve de notre travail. Mais cela ne faisait que nuire à la prévention du VIH!"
Mercredi, les manifestantes ont été rejointes par le co-président de la conférence, le chercheur canadien Mark Wainberg.
Les prostituées ont aussi reçu le soutien de Bill et Melinda Gates, qui ont dénoncé le rejet par les gouvernements des prostitués, pourtant "des alliés précieux dans la lutte contre l'épidémie". "Nous devrions aller vers eux, les faire participer à nos efforts, les aider à se protéger contre l'infection et les empêcher de transmettre le virus", a dit Mme Gates.
060816
AF0608D5_FR
© Agence France-Presse 2006. Tous droits de reproduction et de représentations réservés. Toutes les informations, textes, photos, graphiques reproduites sur ce site ainsi que le logo de l'AFP sont protégés par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'Agence France-Presse. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. http://www.afp.com/
AEGiS is a 501(c)3, not-for-profit, tax-exempt, educational corporation. AEGiS is made possible through unrestricted grants from Boehringer Ingelheim, Elton John AIDS Foundation, the National Library of Medicine, Bridgestone Firestone Trust Fund, and donations from users like you. Always watch for outdated information. This article first appeared in 2006. This material is designed to support, not replace, the relationship that exists between you and your doctor.
©1990, 2006 - AEGiS. AEGiS presents published material, reprinted with permission and neither endorses nor opposes any material. All materials appearing on AEGiS are protected by copyright as a collective work or compilation under U.S. copyright and other laws and are the property of AEGiS, or the party credited as the provider of the content.