
TORONTO (Canada), 17 août 2006 (AFP) - La circoncision pourrait freiner l'épidémie de sida, si son efficacité est confirmée par une série d'études en cours, mais sa mise en pratique devra surmonter nombre de réticences culturelles, ont noté jeudi à Toronto les grandes agences internationales.
D'ores et déjà "les partenaires des Nations unies s'efforcent de coordonner leurs conseils et leur assistance aux pays pour les aider à améliorer la sécurité de la circoncision telle qu'elle se pratique actuellement", a indiqué le Dr Kevin De Cock, de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Selon des modélisations mathématiques, la circoncision pourrait éviter 6 millions de nouvelles infections et 3 millions de morts liés au VIH dans les 20 prochaines années, ont rappelé les responsables d'agences de l'Onu et de la Banque mondiale, réunis devant la presse lors de la conférence sur le sida à Toronto.
Deux essais menés en Ouganda et au Kenya pour étudier le lien entre la circoncision et la transmission du VIH chez l'homme viennent d'être prolongés par les autorités américaines de la santé et doivent prendre fin en juillet et septembre 2007.
Leurs résultats sont très attendus : ils permettront de confronter les constatations d'une première étude prometteuse.
En 2005, une équipe financée par l'agence française de recherche sur le sida (ANRS) et menée sur 3.000 hommes dans le township d'Orange Farm (Afrique du Sud) avait montré que la circoncision masculine réduisait de 60% la transmission du VIH de la femme vers l'homme.
Cette meilleure protection résulterait d'une réduction considérable, grâce à la circoncision, de la surface de peau comportant de nombreuses cellules immunitaires (cellules dentritiques) très sensibles au VIH.
L'intervention est peu onéreuse, a souligné Bernar Auvert, le responsable de l'essai d'Orange Farm, mais c'est une opération relativement complexe d'une trentaine de minutes qui doit être réalisée sous anesthésie, dans de bonnes conditions d'hygiène et avec des soins post-opératoires appropriés.
Si les services de santé publique étaient incapables de faire face à la demande, "les hommes pourraient se tourner vers les praticiens traditionnels, avec le risque de complications pouvant aller jusqu'à la mort ou des dommages permanents aux organes génitaux", a-t-il averti.
Catherine Hankins, de l'Onusida, l'agence des Nations unies qui coordonne la lutte contre l'épidémie, a mis en garde contre le fait que cette pratique ne pourrait être appliquée partout dans le monde.
"Dans certaines cultures, vous n'êtes pas un homme si vous n'êtes pas circoncis et dans d'autres c'est l'inverse. Cette question touche à l'essence-même de la masculinité".
En tout état de cause, ont souligné ces experts, la circoncision ne pourra jamais être qu'un outil de prévention parmi d'autres. La meilleure protection contre le virus du sida reste l'utilisation du préservatif masculin.
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