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Haïti: à Cange, il faut plusieurs jours pour consulter un médecin

Agence France-Presse - août 15, 2006
Clarens Renois
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CANGE (Haïti), 15 août 2006 (AFP) - Trente, quarante et au-delà: on ne compte plus le nombre de personnes qui dorment à même le sol, à la belle étoile, pendant plusieurs jours dans l'espoir de bénéficier de soins et de médicaments gratuits offerts par l'hôpital de Cange, à l'est d'Haïti.

C'est le cas de Résinette Saintilma, 24 ans, et de son père Massillon, 71 ans, qui campent près du service de radiologie de l'établissement.

Mère de trois enfants, Résinette souffre de douleurs d'estomac et son vieux père d'une hernie mal soignée.

Chaque jour, l'équipe médicale observe démunie les nombreux Haïtiens qui couchent sur la terre battue enroulés dans des morceaux de tissus, avant de se ruer au lever du jour devant les portes des cliniques du complexe de santé du village situé à environ 140 km de Port-au-Prince.

"Le seul espoir de ces gens est d'être reçus par un médecin et d'être soignés sans dépenser une gourde, la monnaie haïtienne", explique le Dr Maxi Raymonville.

Il travaille à Cange depuis plus de 15 ans et constate la foule de patients grossir au fil des mois.

Une ONG américaine, "Partners in Health", a lancé à Cange un programme de santé communautaire qui s'adresse en priorité aux personnes atteintes du sida.

Cette épidémie est en baisse mais elle frappe encore entre 4 à 5% de la population totale, selon l'Onu.

"Grâce au programme +Partners in Health+ et sa filiale haïtienne "Zanmi Lasante" (Amis de la santé en créole) soutenue par des fonds privés et du gouvernement américain, des milliers de vies sont sauvées dans cette région misérable d'Haïti", explique le Dr Raymonville.

Depuis deux mois, des rations alimentaires fournies par le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'Onu sont aussi données aux patients, une aubaine pour des gens qui sont privés de tout. Certains reçoivent même une aide de 1.500 gourdes (moins de 30 euros) par mois.

La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre, attirant parfois des patients d'autres régions.

Dans le grand jardin de l'hôpital, les malades prennent leur mal en patience.

"Tout le monde est calme, nous n'avons pas l'argent pour payer des soins médicaux privés alors on doit attendre", explique Louis Steven, 25 ans, tenaillé par des maux d'estomac et s'exprimant péniblement.

Le Dr Joasil Joanel veille sur ses patients, tous tuberculeux. Plus de trente malades dans une seule chambre de 20 m2 environ. Certains y séjourneront quinze jours, d'autres y passeront deux mois pour se faire soigner. La tuberculose se propage à grande vitesse dans la population de Cange.

Plus loin, dans une clinique d'ophtalmologie, des femmes et des hommes âgés, pour la plupart, serrés les uns contre les autres attendent le pronostic des médecins. Ils recevront des paires de lunettes gratuites ou seront opérés plus tard, selon les cas.

C'est le même spectacle dans les services de l'hôpital où travaillent une centaine de médecins, infirmières, pharmaciens, laborantins et autre personnel haïtien, aidés par l'organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF).

Visiblement sous le choc, Anne Beckett, Américaine de 24 ans originaire du Massachusetts (nord-est), tente de consoler une fillette en pleurs abandonnée par ses parents dans la cour de l'hôpital.

La jeune femme, qui collecte des fonds pour le programme "Partners in Health" à Boston (Massachusetts), ne s'attendait pas à un tel spectacle de misère et de désolation.

"C'est ma première visite ici. Je n'imaginais pas cela. C'est grave!", confie-t-elle, les sanglots dans la voix.

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