
TORONTO (Canada), 16 août 2006 (AFP) - Erotisme, art de l'amour et vocabulaire classé X ont toute leur place cette semaine à la conférence mondiale sur le sida de Toronto, où l'on essaie de rendre sexy l'amour avec préservatif.
Dans le grand centre de congrès, l'atelier sur le point G, l'exposition d'art érotique et les études montrant que le plaisir a sa place dans les rapports protégés, rencontrent un succès phénoménal.
"Le sexe fait vendre," commente un délégué, venu avec une centaine d'autres se serrer dans une petite pièce pour assister au séminaire "Où est le plaisir dans l'amour protégé?"
"Les gens en ont assez d'entendre parler du côté glauque du sida. Cet atelier semblait amusant", dit un autre.
Wendy Kerr travaille pour le Pleasure Project (le "Projet plaisir"), qui a aidé les personnes chargées d'éducation sexuelle au Cambodge à briser le tabou du dialogue sur la sexualité et permis à des prêtres au Mozambique d'inclure dans leurs conseils aux couples des éléments pour une meilleure sexualité, afin que les maris soient moins tentés ailleurs.
Vingt-cinq ans de lutte contre le sida ont fait parfois oublier que "les sexe c'est plaisant", dit Mme Kerr. "Les rapports protégés ne doivent pas être obligatoirement ennuyeux."
Selon son organisation, une douzaine de groupes interviennent dans le monde pour apprendre aux prostituées comment satisfaire leurs clients sans pénétration, via le Kama Sutra. Son équipe a aussi entrepris en Grande-Bretagne de montrer aux réalisateurs de films pornographiques comment utiliser des préservatifs "de manière sexy".
Alexandra Lutnick, de la clinique Saint-James, à San Francisco, parle d'abord avec les prostituées qu'elle rencontre de plaisir dans le travail, pour ensuite les amener à parler de protection.
Selon elle, 70% de ces femmes n'ont jamais avoué leur métier à aucun service social, par crainte d'être déconsidérées.
"Si les gens se sentent bien en matière de sexualité, cela minimise le risque (d'attraper des MST)", estime Neha Patel, une militante antisida.
Mais parfois les barrières culturelles et linguistiques, ainsi que le tabou et la charge morale de ces sujets, sont tels que relier sexualité et santé publique est difficile, explique-t-elle, donnant l'exemple de l'Asie du sud.
Les hommes refusent souvent d'utiliser des préservatifs parce que cela nuit à leur plaisir, objecte un homme dans la salle.
"La manière dont les hommes considèrent les préservatifs est une barrière importante", admet Wendy Kerr.
Un participant à l'atelier a notamment offert de partager quelques trucs enseignés aux prostituées à Montréal pour rendre le préservatif plus agréable, mais globalement la question est restée entière.
Selon Lebogang Ramafoko, de l'ONG sud-africaine Soul City, un sondage réalisé en mai auprès de centaines d'Africains a montré qu'ils cherchaient des relations aventureuses hors mariage, par peur de parler sexe avec leur propre épouse.
"Tous ont dit 'je ne peux discuter avec ma femme de plaisir, de ce qui me rend heureux ou d'expérimentation'", explique-t-elle. "Cette incapacité à parler de la sexualité alimente la prolifération du sida."
Une étude réalisée en Afrique de sud, Zambie, Ouganda et Tanzanie et présentée à la conférence, a en revanche montré que les hommes seraient tout disposés à voir l'arrivée de microbicides, ces gels vaginaux actuellement en cours d'essai et censés réduire le risque de contamination par le VIH.
"Utiliser des préservatifs, c'est comme manger des bonbons emballés... (mais) l'usage de gel peut ajouter une certaine douceur," a relevé un membre de l'assistance.
Mais d'autres hommes s'inquiètent déjà du fait que, si les femmes apprécient plus l'amour avec le gel, elles se mettent aussi à chercher plus de partenaires sexuels, selon la chercheuse Charlotte Watts, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine.
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