
TORONTO (Canada), 15 août 2006 (AFP) - Les experts appellent à adopter des stratégies multiples pour combattre une épidémie de sida aux visages très divers, florissant sur les traces de l'héroïne en Europe de l'est, de la prostitution en Asie du sud ou de l'inégalité des sexes en Afrique australe.
La pandémie est "très diverse" selon les zones géographiques et les canaux de transmission qu'elle emprunte, souligne l'épidémiologiste américain Chris Beyrer, de l'Ecole de santé publique Johns Hopkins Bloomberg, à Baltimore.
Aussi faut-il abandonner toute stratégie unique et adopter un arsenal de réponses ciblées pour avoir une chance d'arrêter l'expansion du virus VIH, estime-t-il, résumant l'opinion des acteurs de terrain présents cette semaine à la conférence internationale sur le sida à Toronto (Canada).
"Nous devons adapter chaque instrument aux besoins de chaque pays, et cela est vrai pour la recherche et le développement de nouveaux produits comme en matière de prévention", approuve le Dr Alexandra Calmy, chercheur à l'hôpital St Vincent de Sydney et conseiller de l'ONG Médecins sans frontières (MSF).
Le rythme de contaminations le plus élevé affecte aujourd'hui l'Europe de l'est et l'Asie centrale, alimentées par une "disponibilité sans cesse accrue de l'héroïne" dans l'ancien bloc soviétique, relève le Dr Beyer.
C'est selon lui la conséquence "d'un énorme accroissement de la production" des opiacées en Afghanistan.
En Ukraine, 68% des personnes infectées par le VIH sont des utilisateurs de drogues injectables qui partagent les aiguilles intraveineuses. La proportion est de 20% en Russie.
L'épidémie continue de se répandre dans ces communautés faute de "volonté politique", dénonçait lundi dans une interview à l'AFP le directeur du département VIH-sida à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Kevin De Cock.
Un pays très touché par le problème, l'Iran, dispose en revanche d'un bon programme d'échange de seringues et aiguilles usagées et de mise à disposition de méthadone, s'accordent à dire les experts.
Parallèlement, les infections entre homosexuels et bisexuels "se poursuivent dans les pays riches, surtout aux Etats-Unis, et amorcent des épidémies dans les pays en développement", se nourrissant de l'homophobie et du silence qui l'accompagne, remarque le Dr Beyer.
L'Afrique australe, elle, concentre les maux : une accumulation de pauvreté, de migrations de travailleurs, d'inégalité sexuelle aggravée par le "comportement de prédateur" des hommes (dixit l'envoyé spécial de l'Onu pour l'Afrique, Stephen Lewis) en fait l'épicentre de la pandémie.
Le sud du continent noir abrite 40% des 38,6 millions de personnes infectées par le virus dans le monde, selon l'Onusida, l'agence des Nations unies qui coordonne la lutte contre la maladie. 37% des contaminations en 2005 ont été enregistrées en Afrique australe.
Pourtant, l'épidémie ralentit nettement dans d'autres partie de l'Afrique, à la suite de politiques volontaristes de prévention et d'accès aux soins.
En Asie du sud, la Banque mondiale a appelé lundi à des efforts ciblés en direction des groupes les plus exposés, afin d'éviter une explosion de l'épidémie: conflits armés, contingents croissants d'héroïnomanes, pauvreté rurale et trafics de femmes, là encore les facteurs sont multiples.
Partout, l'action doit tenir compte des spécificités culturelles. "Aucun gouvernement occidental n'a le droit de dicter la politique des gouvernements africains pour répondre à l'épidémie", estimait ainsi lundi Stephen Lewis.
L'envoyé spécial de l'Onu faisait référence à la politique préconisée par l'administration de George W. Bush, qui met en avant l'abstinence et la fidélité dans les programmes qu'elle soutient.
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