
CANGE (Haïti), 13 août 2006 (AFP) - "Cela me fait mal de voir des enfants mourir avant même de vivre", dit avec tristesse Estella Torres, l'un des 600 médecins cubains travaillant en Haïti où l'espérance de vie est de 52 ans en moyenne.
Haïti (8 millions d'habitants) est le pays le plus pauvre d'Amérique. Il a aussi la plus faible couverture sanitaire des Caraïbes et le département du Centre d'Haïti, où exerce le Dr Torres, est l'une des régions les plus affectées par des problèmes de santé. Dix-huit médecins cubains y travaillent.
Dans la clinique pédiatrique de la petite communauté de Cange, à environ 140 km à l'est de Port-au-Prince, cette pédiatre de 55 ans reçoit tous les jours des dizaines d'enfants malades, dans les bras de parents parfois aussi malades qu'eux.
Des cris déchirent l'atmosphère. L'attente peut durer des heures pour être reçu par l'un de ces "docteurs" cubains très sollicités par les Haïtiens de condition modeste, ne pouvant pas s'offrir les services coûteux de médecins haïtiens.
"Je soigne des enfants qui sont tuberculeux, malades du sida ou souffrant de malnutrition", explique Estella, 55 ans.
"Il y a beaucoup de misère et de famine ici, les enfants ne reçoivent pas suffisamment de lait et souvent ils meurent tôt", ajoute-t-elle.
En Haïti, 42% des enfants de moins de cinq ans souffrent de retard de croissance modérée ou grave. Environ 28% des décès parmi les enfants de 0 à 5 ans sont causés par la malnutrition et la diarrhée, selon un rapport de l'Onu.
"A Cuba, ça n'existe pas. C'est un problème que nous avons résolu depuis les années 1970", dit Estella.
Mère de deux enfants et depuis peu grand-mère, Estella est très sensible au sort des enfants haïtiens qui n'ont pas de lait à boire et elle se réjouit d'un nouveau programme de distribution de nourriture lancé depuis un mois par le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM).
"Ma mission est une grande leçon de vie", confie Estella, originaire d'Olguin, à l'est de La Havane.
Pendant son séjour en Haïti, elle a travaillé avec des confrères haïtiens. "Nous avons échangé des critères et des techniques de travail. J'ai l'impression que notre présence ici a apporté quelque chose au niveau de la santé", dit-elle.
En retour, elle a appris à s'exprimer en créole, la langue de la majorité des Haïtiens pour mieux s'intégrer dans la communauté haïtienne et remplir sa mission.
Si à la fin de son séjour en Haïti, Estella est heureuse de retourner bientôt à Cuba retrouver ses enfants et son petit-fils, elle espère que la situation des enfants d'Haïti sera un jour améliorée.
Elle rêve de prendre des vacances et de se reposer sur une plage mais elle est soucieuse de savoir si un autre médecin viendra prendre la relève.
Dans le cadre des relations bilatérales, Cuba reçoit et forme des centaines de jeunes Haïtiens, notamment en médecine et en agriculture.
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