
SAN FRANCISCO (Etats-Unis), 7 août 2006 (AFP) - Il y a 25 ans, une maladie mystérieuse qui allait bientôt être connue sous le nom de sida traçait un sillon mortel dans San Francisco.
Soudain le sexe débridé dans les saunas faisait place à la terreur, à l'afflux de malades dans les hôpitaux et aux morts, laissant désemparés amis et amants des victimes de ce "fléau gay".
"C'était dément", se souvient Richard Broussard, 44 ans, séropositif depuis une vingtaine d'années. "Vous alliez à un enterrement et tout le monde était terrifié".
Les gens qui montrent des symptômes sont rejetés des avions tandis que des sociétés funéraires refusent de prendre en charge les corps, rappelle Jason Riggs, porte-parole du Stop AIDS Project.
"A cette époque les gens parlent de quarantaine. C'était un moment effrayant. La société a fermé les rangs contre les hommes infectés par la maladie".
Il faut un an à M. Broussard pour trouver un dentiste acceptant de le traiter. Il est soigné par le praticien à trois heures du matin, afin de ne pas éveiller les soupçons des autres patients, se souvient-il.
Le dr Eric Goosby, qui dirige aujourd'hui la Pangaea Global AIDS Foundation, voit les lits se remplir de jeunes gens souffrant de symptômes rappelant la pneumonie, alors qu'il est jeune interne au San Francisco General Hospital.
"Nous ignorions ce à quoi nous faisions face. On avançait à l'aveuglette. Les hôpitaux étaient débordés".
Selon lui, à l'époque près de 80% des patients ont le virus, et le personnel craint d'être contaminé.
En 1983, près de la moitié des résidents du célèbre quartier gay de Castro sont séropositifs, selon plusieurs études.
"En gros, des homosexuels mouraient de tous les côtés, sans la moindre aide du gouvernement", résume M. Riggs.
C'est alors que le Projet Stop AIDS est lancé, en 1984, autour de réunions chez les uns et les autres.
"Vous voyiez vos amis et amants mourir", explique le dr Goosby. "Tout disait que quelque chose allait de travers et qu'il fallait changer son comportement".
Backrooms et saunas sont alors fermés, et les messages de protection font leur apparition.
En 1994, un nouveau type de médicament apporte un répit.
"Les inhibiteurs de protéase sont comme une petite bombe que vous lâchez sur le virus et qui le tue", dit le dr Goosby. "Beaucoup de gens qui se concentraient sur ce qu'ils voulaient faire de leurs dernières années se sont soudain trouvés face à l'idée de ne plus mourir".
L'espérance de vie passe de 12 ans à 20, puis 30. A San Francisco, la contamination décline.
Pourtant le virus reste, prêt à ressurgir dans le cerveau ou le foie des personnes infectées. Mais la communauté revient de loin: il y a 25 ans, un homosexuel ou bi sur 5 était contaminé chaque année. Selon les plus récentes statistiques, moins de 2% devraient être infectés en 2006.
L'an dernier Richard Broussard s'est entendu dire par son médecin qu'il avait plus de probabilités de mourir dans un accident de la route que du sida.
"Tout semble si différent", dit-il, avant de rejoindre une soirée "bienvenue aux séropos". "A l'époque, tout n'était que mort. Aujourd'hui, il s'agit juste de faire face".
Dans ce night-club, la plupart des hommes sont d'ailleurs trop jeunes pour avoir connu ces "bons vieux et horribles jours", comme il dit.
"C'est comme une maladie du coeur, ou un diabète", assure l'organisateur de la soirée, Eric Ghramm, 28 ans, séropositif depuis 4 ans. "Vous devez prendre soin de vous mais vous n'avez plus à vous mettre dans un trou et à vous y enfermer".
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