
TRIPOLI, 13 juin 2006 (AFP) - Le procès de cinq infirmières bulgares et d'un médecin palestinien, accusés d'avoir inoculé le sida à des enfants libyens, a été reporté mardi au 20 juin après une brève audience devant la cour criminelle de Tripoli.
Le juge Mahmoud al-Houweissa a décidé de reporter au 20 juin le procès une heure après son ouverture en présence de tous les accusés et de leurs avocats. Il a demandé aux parties de présenter leurs demandes par écrit pour la prochaine audience.
"Dorénavant nous aurons une audience hebdomadaire car cette affaire a beaucoup traîné", a dit le juge.
L'avocat des infirmières, Me Othmane al-Bizanti, a demandé à nouveau la libération sous caution de ses clientes et la comparution d'un Bulgare, Smilian Tachev, qui a passé 174 jours en détention avec elles en Libye et qui a affirmé en mai au journal bulgare Troud qu'elles avaient été "torturées".
Les avocats des familles des victimes ont rejeté cette demande en affirmant que le Bulgare, qui a été innocenté, avait été détenu en tant qu'accusé et ne pouvait dans ce cas être appelé comme témoin.
Sofia s'est déclarée satisfaite de la décision du tribunal. "L'intention du jury de siéger chaque semaine répond aux attentes de déroulement du nouveau procès en brefs délais et sans reports importants", selon le porte-parole des Affaires étrangères bulgare Dimitar Tsantchev.
Incarcérés depuis 1999, les infirmières et le médecin avaient été condamnés à mort en mai 2004 à Benghazi, dans le nord-est de la Libye, accusés d'avoir inoculé le virus du sida à 426 enfants libyens, alors qu'ils travaillaient à l'hôpital local.
Mais les accusés, qui clament leur innocence, avaient fait appel auprès de la Cour suprême qui a ordonné en décembre la tenue d'un nouveau procès.
Selon la radio bulgare, l'avocat bulgare des infirmières, Georgi Gatev, a demandé une nouvelle enquête sur la propagation du virus du sida dans l'hôpital de Benghazi. Un autre avocat, Plamen Yalnazov, a demandé que la cour accepte la déposition écrite du témoin bulgare.
Les infirmières bulgares ont refusé de rencontrer des journalistes affirmant: "cela fait des années que nous sommes ici et nous n'avons plus rien à dire. Nous aurons beaucoup de choses à dire à Sofia", selon la radio.
A la sortie du tribunal, des proches des familles des victimes ont jeté des pierres sur les avocats de la défense et crié "mort aux infirmières".
Lors de la précédente audience le 11 mai, Me Bizanti et l'avocat du médecin palestinien avaient demandé la libération sous caution des accusés, mais le procureur général avait rejeté cette requête.
Le médecin palestinien, Achraf Hajjouj, s'était plaint de ses conditions de détention, dénonçant une discrimination à son égard. Les cinq femmes, détenues dans un appartement qui leur est réservé dans une prison de Tripoli, avaient affirmé que les leurs étaient bonnes.
Selon le porte-parole des familles des victimes libyennes, Idriss Lagha, cinquante-deux enfants sont morts du sida et l'état de santé de 50 autres s'est aggravé. "Nous finalisons les modalités de voyage d'enfants malades et de leurs mères en France et en Italie" pour y être soignés.
Fin décembre, un fonds international destiné à aider la Libye à combattre le sida a été constitué par la Bulgarie en partenariat avec l'Union européenne, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.
Il doit permettre, selon Sofia, d'assurer des soins médicaux permanents aux patients atteints du sida, de contribuer à la mise aux normes internationales de l'hôpital de Benghazi et de fournir une aide financière aux familles des enfants malades et décédés.
Les familles libyennes réclament 10 millions de dollars de compensation pour chacun des 426 enfants contaminés, selon la télévision bulgare.
Cette demande de dédommagements a été rejetée par la Bulgarie pour qui les infirmières sont innocentes. Sofia a toutefois accepté le principe d'une action humanitaire contre le sida en Libye.
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