
NEW YORK (Nations unies), 2 juin 2006 (AFP) - Une conférence internationale sur le sida devait produire, vendredi à New York, un texte fixant aux Etats l'objectif d'un accès universel à la prévention et aux soins d'ici à 2010, mais ce document suscitait déjà les critiques de la société civile qui l'estime trop vague.
Les délégués à cette réunion de trois jours sont parvenus à un accord sur ce texte tard dans la nuit de jeudi à vendredi, a annoncé le président de l'Assemblée générale de l'Onu, Jan Eliasson, qui préside la rencontre. La déclaration devait être adoptée en fin d'après-midi par l'Assemblée.
"C'est un bon document, qui a de la substance et de la vision", a affirmé M. Eliasson.
"Nous sommes furieux", a déclaré Aditi Sharma, responsable de l'ONG ActionAid International, dans un communiqué. Elle a reproché au texte de ne faire aucune mention explicite "des toxicomanes utilisant des seringues, des prostitué(e)s et des hommes homosexuels", groupes particulièrement exposés au virus VIH.
Le texte mentionne la nécessité de protéger les "groupes vulnérables" mais sans spécifier lesquels.
En outre, a déploré Mme Sharma, "les droits de la femme ont suscité la controverse au lieu d'être reconnus comme un élément essentiel de la lutte contre la maladie, qui se féminise de plus en plus".
La déclaration a suscité des débats intenses, les Occidentaux pressant certains pays, essentiellement africains et arabes, d'accepter l'inclusion d'engagements en faveur de l'autonomisation des femmes, l'utilisation de contraceptifs et la reconnaissance précise des groupes vulnérables.
Aux termes du texte, les dirigeants mondiaux s'engagent "à se fixer des buts ambitieux (...) reflétant le besoin urgent d'un effort accru pour atteindre l'objectif d'un accès universel aux programmes de prévention du sida, aux traitements et aux soutiens sociaux pour les malades d'ici à 2010".
Ils "conviennent que le programme anti-sida de l'Onu a estimé à entre 20 et 23 milliards de dollars annuels d'ici à 2010 le financement nécessaire" et "s'engagent en conséquence à prendre des mesures pour assurer le déblocage de ressources additionnelles de la part des pays donateurs traditionnels et des budgets nationaux".
Le financement de la lutte anti-sida s'est monté à 8,3 milliards de dollars en 2005.
"Tout dollar perdu est un dollar qui tue", a affirmé Peter Piot, directeur de l'Onusida, l'organisme qui coordonne la lutte contre la maladie, à propos de cette question du financement, l'un des plus brûlants de la négociation.
Il a recommandé aux délégués d'adopter ce texte, affirmant qu'il "servira de base pour la phase suivante de la lutte contre le sida".
"Perdre notre élan maintenant, échouer à ce stade, serait impardonnable", a-t-il dit. L'Onusida a publié mardi, à la veille de la conférence, un rapport global selon lequel l'épidémie s'est stabilisée dans le monde, après avoir atteint un pic à la fin des années 1990.
Le sida a fait plus de 25 millions de morts dans le monde depuis sa première détection en 1981 et 40 millions de personnes vivent aujourd'hui avec le virus HIV à l'origine de la maladie, selon l'Onusida.
La nécessité d'une éducation préventive, surtout pour les jeunes femmes, a été soulignée à l'ouverture de la séance vendredi par Laura Bush, l'épouse du président des Etats-Unis.
"Davantage de personnes doivent savoir comment le sida se transmet et chaque pays a l'obligation d'éduquer ses citoyens", a-t-elle affirmé.
"C'est pourquoi chaque pays doit améliorer son enseignement, en particulier pour les femmes et les filles, afin de leur permettre de faire des choix avisés qui les maintiendront en bonne santé et en sécurité", a ajouté Mme Bush.
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